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Débat du Conseil de sécurité sur la situation en Afghanistan
Intervention de S. E. Mme Sylvie Lucas, Représentant permanent du Luxembourg :
"Monsieur le Président,
Je remercie le Représentant spécial du Secrétaire général, Nicholas Haysom, de son exposé. Je lui souhaite une chaleureuse bienvenue au Conseil dans ses nouvelles fonctions. Je remercie également le Directeur exécutif de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, Yury Fedotov, ainsi que le Représentant permanent de l’Afghanistan, l’Ambassadeur Zahir Tanin, de leurs interventions.
Je m’associe à la déclaration qui sera faite au cours de ce débat par l’Union européenne.
L’Afghanistan a parcouru un long chemin depuis 2001, un chemin parsemé d’épreuves et de sacrifices, mais également d’avancées remarquables. En témoignent les progrès réalisés en matière d’éducation et de santé. En témoignent aussi la tenue régulière d’élections et le premier transfert démocratique du pouvoir. La communauté internationale doit reconnaître les progrès qui ont été faits et le crédit qui en revient aux Afghans. Pour autant, elle ne doit pas perdre de vue les défis qui subsistent.
Aujourd’hui, il est absolument nécessaire que la classe dirigeante afghane se mette pleinement au service de sa population et qu’elle s’accorde rapidement sur la formation d’un Gouvernement d’union nationale reflétant la diversité du pays. A défaut, l’effet déstabilisateur de l’incertitude politique renforcera le pouvoir de ceux-là mêmes qui cherchent à ramener l’Afghanistan à ces vieux démons.
Pour relever les défis immenses qui l’attendent, le Gouvernement d’union nationale, une fois formé, aura besoin de l’appui constant de la communauté internationale. Celle-ci est disposée à fournir cet appui. A la conférence de Londres, le 4 décembre dernier, les donateurs ont réitéré leur engagement à cheminer aux côtés du peuple afghan. Sur le plan sécuritaire, la Mission de l’OTAN « Soutien résolu » - saluée par l’adoption à l’unanimité de la résolution 2189 de ce Conseil - fournira conseil, formation et assistance aux forces de sécurité afghanes. L’appui de la communauté internationale continuera aussi de se traduire par l’action de terrain de la MANUA. J’y reviendrai dans un instant.
Monsieur le Président,
Si les efforts sécuritaires sont indispensables à la stabilité du pays et à la protection des civils, les efforts pour améliorer le développement humain seront décisifs pour la stabilisation à long terme de l’Afghanistan. Le respect des droits de l’homme constitue, à cet égard, un élément crucial. Et l’amélioration de la condition féminine, une nécessité absolue. Nous sommes encouragés par le fait que le Président Ghani se soit exprimé, à de nombreuses reprises, en faveur du respect de ces droits. Nous voulons, pour notre part, appeler les nouvelles autorités à n’épargner aucun effort pour prévenir, signaler et dénoncer les violences commises contre les femmes afghanes. Nous plaidons également pour que les avancées en matière de condition féminine ne soient pas sacrifiées sur l’autel d’un éventuel accord de réconciliation nationale.
En matière de développement humain, la lutte contre la pauvreté doit constituer une autre priorité. La proportion de la population afghane vivant sous le seuil de pauvreté est encore bien trop importante. Les ressources nationales doivent être réparties de façon plus équitable. Des réformes économiques de grande ampleur s’imposent. Elles devront également s’attaquer à la dépendance croissante du pays à l’égard de l’économie illicite liée au trafic de drogues.
Un autre domaine-clé est celui de la protection de l’enfance. Nous saluons le fait que l’Assemblée Nationale afghane ait adopté une loi criminalisant le recrutement d’enfants par les Forces nationales de sécurité afghanes. Il s’agit là d’une étape importante dans la mise en œuvre du Plan d’action contre le recrutement et l’exploitation d’enfants. Nous encourageons les autorités à persévérer dans cette voie. Nous sommes néanmoins préoccupés par la persistance de rapports faisant état de garçons arrêtés et détenus pour association présumée avec des groupes armés ou pour des charges liées à la sécurité nationale. Ces enfants doivent en premier lieu être considérés comme des victimes et être immédiatement transférés aux acteurs de la protection de l’enfance.
Monsieur le Président,
Je voudrais, pour conclure, réitérer notre appréciation pour le travail remarquable de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan. Dans les années qui viennent, avec le retrait des troupes combattantes internationales, le rôle d’appui de la MANUA gagnera encore en importance. L’accompagnement des autorités afghanes en matière de renforcement de l’Etat de droit, de consolidation de la démocratie et de protection des droits de l’homme devra continuer d’être au cœur du mandat de la Mission. Le rôle important que les Nations Unies ont à jouer en matière de bons offices et de coordination de l’aide internationale devra aussi être pris en compte. Pour remplir sa mission, la MANUA devra disposer de moyens adéquats, afin de pouvoir assurer une présence de terrain, à travers tout le territoire afghan.
Les chantiers sont nombreux en Afghanistan. D’aucuns déploreront qu’ils ne progressent pas assez rapidement ou qu’ils ne vont pas assez loin. C’est peut-être vrai. Mais ne pas aller assez loin, c'est néanmoins aller de l'avant. Et cette simple constatation est un encouragement pour les Afghans qui ont démontré qu’ils veulent prendre leur sort entre leurs mains pour façonner un avenir meilleur pour leur pays.
Je vous remercie."














