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Débat public du Conseil de sécurité - Les femmes et la paix et la sécurité: Répondre à la traite des personnes en lien avec la violence sexuelle en situation de conflits

Published Thursday June 02 2016

Intervention de S.E. Mme Sylvie Lucas

Ambassadeur, Représentant permanent du Luxembourg

 

New York, le 2 juin 2016

 

 

Monsieur le Président,

Permettez-moi de remercier la Présidence française d’avoir organisé ce débat public important ainsi que tous les intervenants qui ont apporté leur éclairage et leur témoignage.

Le Luxembourg s’associe à la déclaration de l’Union européenne.

 

Monsieur le Président,

Alors que nous allons commémorer le 19 juin prochain la Journée internationale pour l’élimination de la violence sexuelle en temps de conflit, la situation sur le terrain continue malheureusement d’être en décalage avec la volonté, maintes fois exprimée par la communauté internationale, d’endiguer ce fléau.

Comme pour la situation des enfants et des conflits armés, la grande majorité des parties figurant dans les annexes du rapport annuel du Secrétaire général sont des acteurs non-étatiques, des groupes extrémistes et terroristes comme Daech ou Boko Haram. Pour autant, les Etats ne sont pas exempts de l’utilisation de ce type de violence. Ainsi, le recours par le régime syrien à la violence sexuelle dans les centres de détention et d’interrogatoire - y compris à l’encontre des hommes et des garçons - fait partie d’un arsenal de la terreur qui contribue aux déplacements massifs des populations avec toutes les conséquences que cela a sur la fragilisation des groupes déjà vulnérables.

Ces dernières années, l’horreur a atteint de nouveaux paroxysmes avec la mise en place d’une véritable économie politique de guerre, réglementée, dans laquelle la traite des personnes à des fins sexuelles joue un rôle central. A la fois rémunération pour les combattants, perpétuation du groupe et source de revenus, la violence sexuelle fait partie intégrante du système par lequel Daech se maintient au pouvoir dans les territoires qu’il occupe. D’où l’importance de la décision du Conseil de sécurité dans sa résolution 2253 d’inscrire sur la liste relative aux sanctions quiconque transfère des fonds à Daech dans le cadre d’exploitation sexuelle, de traite ou de commerce.

Comme vous le notez si justement dans votre note conceptuelle, Monsieur le Président, au-delà du traumatisme physique et psychique évident, la violence sexuelle présente des risques de marginalisation socio-économique importants pour les victimes et peut perpétuer le cercle vicieux du conflit. Les enfants nés d’un viol, souvent non enregistrés à la naissance, présentent des risques accrus d’être à leur tour radicalisés et recrutés par les groupes armés. L’enregistrement des naissances reste le mécanisme le plus efficace pour déterminer l’âge et prévenir tout recrutement de mineurs. Raison pour laquelle la résolution 2143 sur les enfants et les conflits armés, adoptée le 7 mars 2014, sous Présidence luxembourgeoise du Conseil de sécurité, a souligné l’importance d’enregistrer toutes les naissances, même tardivement.

 

Monsieur le Président,

Nous souscrivons pleinement aux recommandations du Secrétaire général formulées dans son rapport, notamment son appel à ce que le Conseil de sécurité ajoute les violences sexuelles en tant que critères de désignation de tous les comités des sanctions pertinents, et que ces comités des sanctions veillent à inscrire de manière systématique sur leurs listes les auteurs présumés d’actes de violence sexuelle. Par ailleurs, le Conseil devrait s’engager afin que les auteurs présumés de violences sexuelles systématiques, ou ceux qui les ont commanditées, soient traduits en justice, par exemple en déférant à la Cour pénale internationale les situations dans lesquelles de telles violences sont commises.

Nous soutenons également l’appel de la Représentante spéciale, Mme Bangura, au Conseil de sécurité, ce matin, de la doter des moyens nécessaires en vue d’apporter une réponse globale et multidimensionnelle aux défis, anciens et nouveaux, posés par la violence sexuelle liée aux conflits. Je saisis cette occasion pour souligner notre appui continu à la Représentante spéciale pour son travail remarquable, ainsi qu’à son équipe d’experts de l’état de droit et des questions touchant à la violence sexuelle liée aux conflits.

 

Monsieur le Président,

Le déni et l’impunité sont les deux obstacles majeurs dans la lutte contre les violences sexuelles en temps de conflit. Nier que la violence sexuelle ait une incidence sur la sécurité et la paix a comme corollaire l’impunité pour les auteurs de ces actes. Nous dénoncerons cette double injustice le 19 juin prochain et tous les 19 juin suivants jusqu’à ce qu’enfin la réalité sur le terrain soit à l’image des aspirations de la communauté internationale.

 

Je vous remercie.

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