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Débat public du Conseil de sécurité sur la Prévention des conflits

Published Thursday August 21 2014

Intervention de M. Jacques Flies, Conseiller à la Mission permanente du Luxembourg auprès des Nations Unies:

"Monsieur le Président,

Je remercie le Secrétaire général pour sa présentation. Permettez-moi également de saisir cette occasion pour remercier très chaleureusement la Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Madame Navi Pillay, pour ce qui aura, sans doute, été sa dernière intervention devant le Conseil de sécurité.

Je souscris à l’intervention qui sera faite ultérieurement par le Représentant de l’Union européenne.

Nous avons été témoins durant les mois écoulés de conflits les uns plus meurtriers que les autres. Devant tant de vies humaines annihilées, devant tant de détresses et de souffrances, on est en droit de se demander si la promesse solennelle qui a accompagné la fondation des Nations Unies a été tenue. Certes, les générations successives ont été épargnées du fléau d’une guerre à échelle mondiale, mais non pas des conflits nombreux qui en maints endroits du monde continuent de détruire la vie de centaines de milliers voire de millions d’hommes, de femmes et d’enfants.

Avec ce constat, la question de savoir si tout a vraiment été mis en œuvre pour prévenir ces conflits se pose avec acuité. Le débat public de ce jour, et la résolution que nous venons d’adopter, arrivent ainsi à propos et je voudrais féliciter le Royaume-Uni d’avoir pris cette initiative.

Monsieur le Président,

Même si nous sommes parfois pris de court par l’émergence d’une situation de crise, il n’est de conflit qui ne soit accompagné de signes avant-coureurs. Savoir les percevoir, les analyser et les comprendre pour ensuite prendre les mesures les plus adéquates et les plus efficaces pour éviter que la situation ne dégénère en conflit ouvert, voilà en quelques mots l’essence de la prévention des conflits. En réalité une telle entreprise est complexe et réclame la mise en œuvre coordonnée de nombreux outils et d’acteurs multiples.

La Charte des Nations Unies énumère au Chapitre VI les outils auxquels les Etats et le Conseil de sécurité peuvent recourir pour régler de façon pacifique les différends. Ces outils sont bien connus ; ils incluent entre autres la négociation, l’enquête, la médiation, la conciliation et l'arbitrage. Ces instruments n’ont pas toujours été pleinement utilisés dans le contexte de la prévention des conflits. Il est à saluer que par la résolution que nous avons adoptée aujourd’hui, le Conseil s’engage à en faire un meilleur usage.

Mais nous devons également voir plus loin, porter notre regard au-delà des conflits en cours, voire des situations inscrites à l’ordre du jour du Conseil de sécurité, pour reconnaître les signes indiquant un conflit en gestation, selon le principe que mieux vaut prévenir que guérir. Nous savons que la plupart des conflits sont précédés par une dégradation substantielle de la situation des droits de l’homme. L’initiative du Secrétaire général « Rights up Front » - « Les droits avant tout » - s’inscrit dans ce contexte, et nous nous en félicitons. Nous nous en félicitions non seulement parce qu’elle met la question des droits de l’homme au cœur de l’action du système des Nations Unies, mais aussi parce qu’elle a comme objectif de mieux informer les Etats membres sur les populations qui sont sujettes à de graves violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire, ou qui risquent de l’être, et contribue ainsi activement à l’effort de prévention des conflits.

Le Conseiller spécial du Secrétaire général pour la prévention du génocide et le Conseiller spécial pour la responsabilité de protéger ont eux aussi un rôle crucial à jouer dans ce contexte. La notion même de la responsabilité de protéger, telle que définie dans le document final adopté à l’occasion du Sommet mondial de 2005, est inséparable de la mise en place d’un dispositif d’alerte rapide. Le Conseiller spécial pour la prévention du génocide et celui pour la responsabilité de protéger remplissent ce rôle pour le Secrétaire général, mais aussi pour le Conseil de sécurité et la communauté internationale en général. Le Conseil de sécurité gagnerait à les inviter plus souvent pour informer ses travaux.

En vertu des dispositions de la Charte, le Secrétaire général peut de même contribuer à la prévention des conflits, notamment en attirant l’attention du Conseil sur toute affaire qui pourrait compromettre la paix et la sécurité internationales. Cette prérogative que lui octroie l’article 99 de la Charte lui permet d’élargir singulièrement l’horizon du Conseil de sécurité. Nous encourageons vivement le Secrétaire général à continuer de faire usage de cet outil important.

Monsieur le Président,

Une prévention des conflits digne de ce nom ne saurait ignorer le caractère cyclique des conflits lié aux causes profondes qui déclenchent et entretiennent les tensions; la pauvreté, la discrimination, l’absence de l’état de droit ou l’impunité pour ne citer que ceux-là. Pour éviter une rechute dans une situation de conflit, pour accompagner les pays sortant d’un conflit vers une paix durable, la Commission de consolidation de la paix, établie il y a près de 10 ans maintenant sous les auspices du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale, a tout son rôle à jouer. Elle constitue un autre outil de taille dans une architecture de prévention.

Monsieur le Président,

En cette année de la commémoration du centenaire de la Grande Guerre, il est naturel que nous jetions un regard interrogateur sur les causes des conflits passés. Mais cela devrait également nous inciter à regarder de l’avant et nous convaincre de tout mettre en œuvre pour ne pas répéter les erreurs du passé. Nous disposons aujourd’hui pour ce faire de moyens inconcevables il y a un siècle. Il appartient à ce Conseil de les utiliser en mettant l’accent sur l’action et non seulement sur la réaction. Le maintien de la paix et de la sécurité internationales passe également par une place plus importante accordée à la prévention des conflits.

Je vous remercie."

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