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Séance d’information publique du Conseil de sécurité sur la protection des civils en période de conflit armé

Published Wednesday August 20 2014

Intervention de S.E. Mme Sylvie Lucas, Ambassadeur, Représentant permanent du Luxembourg :

"Monsieur le Président,

Permettez-moi tout d’abord de remercier la délégation du Royaume-Uni d’avoir organisé cette séance d’information sur la protection des travailleurs humanitaires en temps de conflit armé. Je voudrais également remercier les intervenants pour leurs présentations. La situation qu’ils décrivent doit nous interpeller. Alors que les besoins ne cessent d’augmenter, le déploiement des acteurs humanitaires est de plus en plus entravé par des menaces à l’encontre de leur sécurité.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’année 2013 a représenté un nouveau pic avec 251 attaques et 155 travailleurs humanitaires tués. Il s’agit là du nombre de victimes le plus élevé des dix dernières années. Les premières indications pour l’année 2014 ne dénotent hélas aucune amélioration : alors que plusieurs mois nous séparent encore de la fin de l’année, le nombre de travailleurs humanitaires tués dépasse déjà, comme le Vice-Secrétaire général vient de le relever, celui de décès violents enregistrés en 2012.

La responsabilité première de la protection des travailleurs humanitaires incombe au pays-hôte. Or, très souvent, dans des situations de conflit, les autorités n’ont ni les moyens, ni la volonté de remplir ce rôle. Vient s’ajouter à cela la prolifération des groupes armés non-étatiques.

Les partenaires des acteurs humanitaires doivent être conscients de cette situation et leur accorder les ressources et la flexibilité requises pour adapter leur planification aux contraintes posées par les conditions de sécurité. Il importerait de même que ceux qui disposent d’informations sur les menaces à la sécurité les partagent autant que possible avec les acteurs du terrain, y compris les acteurs non-gouvernementaux, ceux-ci étant souvent en première ligne face à ces menaces. L’initiative des Nations Unies « Saving Lives Together » constitue un exemple de bonne pratique à cet égard. De telles initiatives devraient, à notre avis, être poursuivies et renforcées.   

Monsieur le Président,

En 2003, à la suite de l’attentat contre le quartier général des Nations Unies à Bagdad, le Conseil de sécurité avait adopté la résolution-phare 1502. Depuis lors, dans de nombreuses autres décisions du Conseil, relatives à des situations-pays ou à des questions thématiques, l’impératif de protection des travailleurs humanitaires a, à juste titre, été pris en compte. Cet effort de mainstreaming doit être maintenu.

Face à l’évolution de l’environnement opérationnel, face à l’accroissement de l’insécurité, il nous paraît de même opportun de revoir la résolution 1502, de chercher à refléter les développements intervenus, leurs causes et conséquences et de définir le rôle du Conseil de sécurité dans ce contexte.  

Une telle réflexion doit, à notre avis, tenir compte de la reconnaissance croissante que les efforts de maintien de la paix et de la sécurité internationales doivent aller de pair avec une amélioration de la situation humanitaire des populations civiles dans les zones de conflit armé et que des besoins humanitaires insatisfaits peuvent contribuer à déstabiliser encore davantage des situations déjà fragiles. La nécessité de briser le cercle vicieux de la violence et du dénuement ne doit cependant pas avoir comme effet pervers de détourner l’aide humanitaire de son but premier et de l’instrumentaliser à des fins politiques.

L’action humanitaire ne peut jamais être un substitut à l’action politique. La situation en Syrie ne le montre que trop clairement. En même temps, la population prise au piège ne peut attendre qu’une solution politique soit trouvée. Elle a besoin d’aide humanitaire; elle y a droit en vertu des principes d’humanité les plus élémentaires codifiés dans le droit international humanitaire. 

Adoptée dans le contexte de l’attaque de Bagdad, la résolution 1502 avait rappelé clairement qu’il existe, je cite, « en droit international des règles prohibant les attaques dirigées sciemment et intentionnellement contre le personnel de missions d’assistance humanitaire ou de maintien de la paix entreprises conformément à la Charte des Nations Unies qui, dans les situations de conflit armé, constituent des crimes de guerre » et rappelé « qu’il est impératif que les Etats mettent un terme à l’impunité des auteurs de ces attaques ». Lorsqu’on évoque la protection des travailleurs humanitaires, on est ainsi irrémédiablement amené à évoquer la question du respect du droit international humanitaire et des outils à notre disposition pour lutter contre l’impunité de ceux qui se sont rendus coupables de violations de ce droit. Nous faisons partie de ceux qui estiment que le Conseil doit pleinement assumer ses responsabilités à cet égard, qu’il s’agisse d’avoir recours à des commissions d’enquête ou des régimes de sanctions ou à une saisine de la Cour pénale internationale, en vertu des pouvoirs qui reviennent au Conseil de sécurité en la matière.

Monsieur le Président,

En cette Journée mondiale de l’aide humanitaire, nous honorons la mémoire de tous ceux qui ont payé, au prix de leur vie, leur engagement en faveur des plus démunis. Nous rendons hommage aux milliers de travailleurs humanitaires qui font preuve, jour après jour, d’un dévouement et d’un courage remarquables pour apporter aide et assistance aux populations dans le besoin. A ces « héros humanitaires », nous devons à notre tour aide et protection. Toute initiative en ce sens peut compter sur l’appui inconditionnel du Luxembourg.

Je vous remercie."

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