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Soudan du Sud : Séance d’information publique du Conseil de sécurité

Published Friday May 02 2014

Le Conseil de sécurité a eu une séance d’information publique sur la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud. L'Ambassadeur Sylvie Lucas, Représentant permanent du Luxembourg, a prononcé l'intervention suivante:

"Monsieur le Président,

Je remercie la Haut-Commissaire aux droits de l’homme Navi Pillay et le Conseiller spécial pour la prévention du génocide Adama Dieng pour leurs propos poignants qui illustrent à la fois la gravité de la situation au Soudan du Sud et la volonté des Nations Unies de mettre en œuvre l’initiative du Secrétaire général « Les droits avant tout ! », « Rights Up Front ! » qui place la lutte contre les violations des droits de l’homme en première ligne afin de prévenir des atrocités de masse.

Le Luxembourg condamne dans les termes les plus fermes les attaques qui ont fait des centaines de victimes civiles, parmi elles nombre de femmes et d’enfants, à Bentiu et à Bor. Ces attaques sont les exemples les plus récents des graves violations et atrocités commises contre les civils, souvent sur une base ethnique, qui ont été attribuées aux deux camps depuis le début du conflit le 15 décembre dernier. Les exactions contre les populations civiles ont probablement fait des milliers de morts. Elles ont déplacé plus d’un million de personnes.

Les dirigeants sud-soudanais qui s’opposent doivent enfin prendre leurs responsabilités et mettre fin au carnage. Il est inacceptable que les forces gouvernementales et les forces de l’opposition continuent de violer l’Accord de cessation des hostilités du 23 janvier, et que les parties s’obstinent à refuser de s’engager dans des négociations politiques. Nous continuons de soutenir pleinement la médiation de l’IGAD, et nous voulons saisir cette occasion pour lancer un appel pressant aux parties de commencer à aborder de bonne foi, sans plus tarder, les questions de fond. Alors que la situation humanitaire ne cesse de se détériorer, chaque jour de perdu à la table des négociations renforce le risque de famine pour la population sud-soudanaise.

Monsieur le Président,

Nous condamnons avec force les graves violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire qui continuent d’être commises en toute impunité au Soudan du Sud. Le tableau qui a été dressé cet après-midi par Madame Pillay et Monsieur Dieng est effrayant. Le Président Salva Kiir et l’ancien Vice-Président Riek Machar ont une lourde responsabilité. Ils doivent impérativement et publiquement rejeter toutes les attaques dirigées contre des civils, et s’engager à ce que ceux qui ordonnent ces attaques ou les exécutent soient amenés à rendre compte de leurs actes. La lutte contre l’impunité est une priorité pour nous. Les responsables des graves violations, y compris les responsables qui auraient ordonné, incité, encouragé ou toléré ces violations et exactions, doivent comprendre que la communauté internationale les regarde, que leurs crimes ne passeront pas inaperçus et qu’ils devront en répondre.

A cet égard, nous saluons la publication lundi prochain du rapport final de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) sur les violations des droits de l’homme. Nous nous félicitons également du lancement de la Commission d’enquête de l’Union africaine, conduite par l’ancien Président du Nigéria Olusegun Obasanjo, qui vient d’effectuer sa première mission au Soudan du Sud.

Ce rapport des Nations Unies et le travail d’enquête de l’Union africaine sont importants, mais il faut aller plus loin. Nul doute que des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ont été commis. Dans ce contexte, pour lutter contre l’impunité et prévenir de nouvelles atrocités, nous estimons que le Conseil doit envisager sérieusement une saisine de la Cour pénale internationale.

Plus généralement, le Conseil de sécurité doit considérer tous les moyens qui sont à sa disposition, y compris la mise en place d’un régime de sanctions, pour ramener les parties à la raison, les amener à arrêter les hostilités et éviter une escalade de la situation aux conséquences incalculables. L’adoption de sanctions ciblées contre ceux qui ont commis des violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire, qui violent l’Accord de cessation des hostilités et qui font obstacle à l’avancement des pourparlers de paix doit être envisagée.

Nous saluons le travail important accompli par la MINUSS pour protéger les civils, en particulier les civils réfugiés dans ses bases, dans des conditions extrêmement difficiles. Nous condamnons les restrictions qui continuent de peser sur la MINUSS, le harcèlement de son personnel et les violations persistantes de l’accord sur le statut des forces. Le Conseil de sécurité devra revoir le mandat de la Mission pour se focaliser sur trois priorités : la protection des civils, la facilitation de l’acheminement de l’aide humanitaire et la surveillance des droits de l’homme. Il est par ailleurs impératif de renforcer la Mission, en y intégrant, selon des modalités à convenir, la force proposée par l’IGAD.

Monsieur le Président,

Le Luxembourg condamne avec la plus grande fermeté le recrutement et l’utilisation d’enfants, les meurtres et mutilations d’enfants, les violences sexuelles, les attaques contre les écoles et hôpitaux et l’utilisation d’écoles par toutes les parties au conflit. Nous tenons à rappeler aux parties qu’elles se sont engagées dans l’Accord de cessation des hostilités à ne pas recruter ni utiliser d’enfants. Les derniers chiffres d’UNICEF selon lesquels plus de 9.000 enfants ont été recrutés et utilisés par les parties au conflit sont tout simplement révoltants.

Nous rappelons dans ce contexte que le Gouvernement sud-soudanais a signé, le 13 mars 2012, un Plan d’action pour faire cesser et prévenir le recrutement et l’utilisation d’enfants. Toute violation du Plan d’action est une violation des obligations auxquelles le Gouvernement a souscrit.

Face à l’envergure des violations commises, et en application des résolutions du Conseil de sécurité sur les enfants et les conflits armés, la MINUSS doit renforcer la surveillance et la communication des informations sur les violations et sévices commis sur la personne des enfants. Et la Mission doit disposer des ressources adéquates pour ce faire. Nous encourageons également la Commission mise en place par l’Union africaine à enquêter sur ces violations et sévices.

Monsieur le Président,

Pour conclure, je voudrais assurer Madame Pillay et Monsieur Dieng que nous avons entendu leur appel. Le Conseil devra agir fermement pour éloigner le spectre de violences encore plus graves qui risquent d’échapper à tout contrôle. Il est de notre responsabilité collective d’agir, afin de prévenir - 20 ans plus tard - un nouveau génocide sur le continent africain.

Je vous remercie de votre attention."

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