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Débat public du Conseil de sécurité - Protection des civils en période de conflit armé : protection des journalistes

Publié le jeudi 28 mai 2015

Débat public du Conseil de sécurité

27 mai 2015

 

Intervention de S.E. Mme Sylvie Lucas, Représentant permanent du Luxembourg

 

 

Madame le Président,

Permettez-moi de remercier la Présidence lituanienne d’avoir organisé ce débat public. Les présentations faites ce matin montrent à quel point la protection des journalistes en période de conflit armé est un sujet important qui mérite de figurer à l’ordre du jour du Conseil de sécurité.

Le Luxembourg souscrit pleinement à l’intervention de l’Union européenne.

 

Madame le Président,

Depuis le dernier débat public consacré à ce thème, il y a presque deux ans, nous avons été témoins d’une escalade dans l’horreur. Nous avons tous en mémoire les images brutales de la décapitation de James Foley, Steven Sotloff et Kenji Goto; ces journalistes qui n’avaient d’autre ambition que d’informer le public sur la réalité de la guerre. Ils font partie des 88 journalistes qui ont payé de leur vie l’exercice de leur profession depuis janvier 2014, la plupart dans les situations de conflit en Iraq, en Somalie, en Libye et en Syrie. Et l’année 2015 a débuté de la manière la plus dramatique qui soit pour la liberté de la presse, quand deux hommes armés ont fait irruption dans les locaux de Charlie Hebdo et ont froidement exécuté huit journalistes ainsi que quatre autres personnes. Le Conseil de sécurité a condamné avec la plus grande fermeté toutes ces attaques en insistant sur la nécessité de traduire en justice leurs auteurs.

Mais le plus souvent, ces attaques passent inaperçues, parce que la plupart des victimes sont des journalistes locaux dont le sort se confond avec celui de centaines d’autres civils tués. Des centaines d’autres journalistes sont oubliés parce qu’ils croupissent dans des prisons où ils sont souvent torturés.

La grande majorité de ces crimes reste impunie. Alors que 749 journalistes ont été assassinés depuis 1992, selon le Comité pour la protection des journalistes, dans près de 90% des cas, l’impunité a été totale. Ces chiffres sont inacceptables. La résolution 1738 et la résolution 2222 que le Conseil de sécurité vient d’adopter insistent à juste titre sur le fait que selon le droit international humanitaire, les journalistes en temps de conflit armé doivent être considérés comme des personnes civiles et doivent être respectés et protégés en tant que tels. Elles rappellent la responsabilité des Etats de poursuivre en justice quiconque a violé le droit international humanitaire. La lutte contre l’impunité doit en effet être au centre de nos efforts pour la protection des journalistes en période de conflit armé. Chaque crime impuni est un encouragement pour tous ceux qui veulent réduire au silence la vérité dont on sait qu’elle est la première victime de la guerre.

Dans ce contexte, nous saluons la résolution 68/163 adoptée par l’Assemblée générale le 18 décembre 2013, qui a proclamé le 2 novembre Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes et engagé les Etats membres à prendre des mesures précises pour combattre la culture d’impunité. Le Luxembourg s’est porté coauteur de cette résolution parce que nous sommes convaincus que la lutte contre l’impunité est cruciale pour préserver la liberté d’expression. Nous nous félicitons également de l’examen de la mise en œuvre du Plan d’action des Nations Unies sur la sécurité des journalistes et la question de l’impunité lors de la troisième réunion organisée en novembre 2014 par l’UNESCO en collaboration avec le Conseil de l’Europe, ainsi que des débats menés au Conseil des droits de l’homme.

Il est évident que la collaboration de tous les acteurs est nécessaire si nous voulons vraiment changer les choses sur le terrain et garantir ainsi la liberté d’expression. Nous encourageons une coopération accrue entre les gouvernements, les organisations internationales et régionales, les différentes entités des Nations Unies, au siège et sur le terrain, la société civile et les représentants des médias afin d’améliorer la protection des journalistes en temps de conflit.

 

Madame le Président,

Par le débat public et la résolution qu’il a adoptée aujourd’hui, le Conseil de sécurité a clairement indiqué sa volonté d’œuvrer au respect et à la protection des journalistes en période de conflit armé, des journalistes qui, par leur travail, et parfois au prix de leur vie, contribuent à défendre les valeurs et les libertés sur lesquelles les Nations Unies fondent leur action. Il a aussi reconnu les risques spécifiques auxquels font face les femmes journalistes. Nous espérons que sur cette base, et sur la base des prochains rapports du Secrétaire général, le Conseil de sécurité saura assurer le suivi nécessaire de cette importante question.

 

Je vous remercie.

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