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Débat public du Conseil de sécurité sur la situation au Moyen-Orient, y compris la question palestinienne

Publié le mardi 21 octobre 2014

Intervention de S.E. Mme Sylvie Lucas, Représentant permanent du Luxembourg :

"Madame la Présidente,

Je remercie le Secrétaire général de son exposé, ainsi que l’Observateur permanent de l’Etat de Palestine et le Représentant permanent adjoint d’Israël de leurs interventions.

Le Luxembourg s’associe pleinement à la déclaration qui sera faite par l’Union européenne.

 

Madame la Présidente,

Le Secrétaire général vient de nous présenter le bilan accablant des cinquante jours de guerre dans la bande de Gaza, le bilan de cette troisième guerre en six ans qui a causé tant de morts et de blessés, anéanti tant de vies et de quartiers. 

Nous remercions l’Egypte, dont les efforts ont abouti au cessez-le-feu conclu le 26 août dernier. Il s’agissait là d’une première étape indispensable pour faire cesser les hostilités, les souffrances et les humiliations. Nous nous félicitons également de la tenue, le 12 octobre dernier au Caire, de la « Conférence sur la Palestine - reconstruire Gaza », organisée par l’Egypte et la Norvège en appui à l’Autorité palestinienne. Notre Ministre des Affaires étrangères et européennes a pu y réaffirmer la solidarité tangible du Luxembourg avec les Palestiniens, qui se traduit par un engagement financier continu de l’ordre de sept millions d’euros par an.

Nous saluons aussi la mise sur pied du mécanisme conclu entre les Nations Unies, l’Autorité palestinienne et Israël, une autre étape nécessaire pour la reconstruction de la bande de Gaza. Mais nous savons tous qu’il faut aller plus loin. Aucun peuple ne saurait vivre dans les conditions imposées aux habitants de Gaza, assiégés entre trois murs et la mer, ne survivant que grâce à UNRWA et l’aide internationale. Il faut lever le blocus qui étrangle Gaza et son économie.

 

Madame la Présidente,

La guerre de Gaza a traduit l’inéluctabilité des affrontements dans un contexte d’impasse politique, de haine et de discorde. Depuis vingt ans, le processus de paix a connu la répétition de trois états successifs : la relance, l’enlisement et l’échec. Chaque nouveau cycle a apporté son lot de souffrances. Il est désormais grand temps de sortir des sentiers battus. L’heure n’est plus à la répétition des processus stériles, des négociations perpétuelles qui n’aboutissent à rien. Il nous incombe de tirer les leçons du passé.

Les bases d’une paix juste et durable au Proche-Orient ont maintes fois été énoncées. Nous connaissons tous les termes de l’équation, nul besoin donc de les répéter. L’objectif est clair : un Etat de Palestine souverain, indépendant, démocratique, d'un seul tenant et viable, vivant dans la paix et la sécurité aux côtés d’Israël, sur la base des frontières de 1967, avec Jérusalem comme capitale des deux Etats. L’heure est venue de prendre des mesures audacieuses et concrètes pour mettre en œuvre la solution à deux Etats avant que d’autres ne prennent de nouvelles mesures qui rendent cette solution impossible.

Dans ce contexte, le Luxembourg condamne la récente décision des autorités israéliennes d’approuver les plans de construction de 2.610 logements à Givat Hamatos. Cette décision vient directement menacer la solution à deux Etats et la vocation de Jérusalem à être la capitale de deux Etats, Israël et la Palestine. Si elle était maintenue, cette décision confirmerait notre doute sur l’engagement d’Israël en faveur d’une solution négociée avec les Palestiniens. Le Luxembourg rappelle ici que les colonies sont illégales au regard du droit international. Nous appelons Israël à revenir sur cette décision et, plus largement, à mettre immédiatement fin aux activités de colonisation à Jérusalem-Est et dans l’ensemble de la Cisjordanie. Tout comme l’Union européenne, le Luxembourg ne reconnaîtra aucun changement aux frontières de 1967 autre que ceux agréés par les deux parties.

Nous espérons que le Conseil de sécurité saura jouer tout son rôle, un rôle constructif pour aboutir à la paix, pour encourager et faciliter les efforts visant à sauver la solution à deux Etats et à mettre un terme à l’occupation. Mon pays est prêt à appuyer ces efforts.

 

Madame la Présidente,

Je me dois d’évoquer une autre tragédie : le conflit qui ravage la Syrie et décime sa population civile depuis plus de trois ans et demi.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 191.000 Syriens ont été tués en trois ans, dont plus de 10.000 enfants; 10,8 millions de Syriens, dont plus de la moitié des enfants, ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence; 4,7 millions de Syriens sont pris au piège des combats dans des zones difficiles d’accès; plus de 3 millions de Syriens ont été poussés à quitter leur pays; plus d’un million d’entre eux se sont réfugiés au Liban, représentant près d’un tiers de la population totale du Liban. En l’espace de quelques semaines, 200.000 civils ont dû fuir la ville de Kobané (Aïn al-Arab) et se réfugier en Turquie pour se mettre à l’abri de l’avancée meurtrière de l’Etat islamique en Irak et au Levant.

Ces chiffres de victimes et de déplacements donnent le vertige, mais ils ne permettent pas de saisir toute la souffrance infligée aux Syriens, une souffrance qui doit heurter la conscience humaine.

Pour répondre à l’urgence humanitaire, le Conseil de sécurité a su se mobiliser. Et des premières suites positives ont été données à la résolution 2165 adoptée par le Conseil il y a trois mois, en matière d’assistance à travers les frontières de la Syrie avec la Jordanie et avec la Turquie et en matière d’assistance à travers les lignes de conflit. Cependant, les parties au conflit, en particulier les autorités syriennes, continuent d’ignorer les exigences de la résolution 2139. Les attaques indiscriminées contre les populations civiles, les écoles et les hôpitaux, les bombardements aux barils d’explosifs, le déni d’assistance humanitaire, l’usage de la famine comme arme de guerre continuent sans relâche. Les obstacles administratifs à l’acheminement de l’aide humanitaire restent en place. Les souffrances des Syriens ne seront pas soulagées par des demi-mesures, la délivrance de visas au compte-gouttes ou l’approbation de quelques ONG nationales additionnelles. Nous demandons que les parties, en particulier les autorités syriennes, adoptent des actions concrètes pour mettre en œuvre les résolutions 2139 et 2165 dans leur intégralité. C’est d’autant plus urgent que les populations syriennes vont bientôt devoir affronter leur quatrième hiver depuis le début du conflit.

Nous espérons que des progrès dans le domaine humanitaire faciliteront la tâche de ceux qui recherchent une solution politique au conflit, la seule issue possible à ce conflit. Comme l’a dit Valerie Amos hier, nous avons besoin d’urgence d’une solution politique. Une telle solution passe par une transition politique qui réponde aux aspirations légitimes du peuple syrien, en ligne avec le  Communiqué de Genève de juin 2012. A cet égard, nous appuyons les efforts déployés par l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour la Syrie, Monsieur Staffan de Mistura, pour relancer les pourparlers au niveau politique.

 

Madame la Présidente,

Le Luxembourg est gravement préoccupé par les conclusions du rapport de la mission d’établissement des faits de l’OIAC paru le 10 septembre dernier. Il est désormais avéré qu’un produit chimique toxique, en l’occurrence du chlore, a été utilisé en tant qu’arme, de façon systématique et répétée, contre des villages dans le nord de la Syrie. Les témoignages figurant dans le rapport établissent un lien entre ces attaques au chlore et l’utilisation d’hélicoptères. Or, seules les forces armées syriennes possèdent des hélicoptères en Syrie.

Il y a un an, avec l’adoption de la résolution 2118, notre objectif était clair : il s’agissait de faire en sorte que les crimes chimiques ne se répètent plus jamais en Syrie. A nos yeux, le Conseil de sécurité ne saurait tolérer que des violations de la résolution 2118 soient passées sous silence.

Aujourd’hui, l’heure n’est plus aux tergiversations face aux crimes de guerre et aux crimes contre l’humanité perpétrés en Syrie, qu’ils soient commis par les autorités syriennes ou par des groupes extrémistes ou terroristes, au premier rang desquels l’Etat islamique en Irak et au Levant. Ce groupe n’a rien d’un Etat ni rien d’islamique. Souillant l’islam, il ne cherche qu’à répandre son régime de terreur, à s’enraciner en Syrie et en Irak et à déstabiliser la région tout entière. L’avancée de l’EIIL ne rend que plus urgent et nécessaire l’appui de la communauté internationale aux pays qui souffrent de l’impact du conflit syrien : l’Irak, la Jordanie et le Liban, dont nous encourageons les responsables politiques à élire un Président qui puisse continuer de porter la politique de dissociation du pays. 

 

Madame la Présidente,

Mon pays appuie pleinement les mesures adoptées pour contrer les terroristes de l’EIIL, du Front al-Nosra et d’al-Qaida et de leurs affiliés, pour couper leurs canaux de financement, pour prévenir la radicalisation et endiguer le flux de combattants terroristes étrangers. Nous le faisons en ligne avec les résolutions 2170 et 2178.

Au-delà des actions entreprises aux niveaux politique, économique, militaire et humanitaire, il importe de redoubler d’efforts pour lutter contre l’impunité, quels que soient les responsables des crimes commis. Il s’agit de donner au moins cet espoir aux proches des victimes du conflit syrien et des victimes des égorgeurs d’EIIL et d’autres groupes terroristes: l’espoir qu’en fin de compte, justice leur sera rendue ; l’espoir que les auteurs des crimes abominables commis en Syrie et en Irak seront tenus responsables de leurs actes. A notre sens, un rôle clef doit revenir à la Cour pénale internationale pour donner vie à cet espoir de justice.

Je vous remercie."

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