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Débat public du Conseil de sécurité sur la situation au Moyen-Orient

Publié le mardi 29 avril 2014

Le Conseil de sécurité a tenu ce jour son débat public trimestriel sur la situation au Moyen-Orient, y compris la question palestinienne.

L'Ambassadeur Sylvie Lucas, Représentant permanent du Luxembourg, a prononcé l'intervention suivante :

 

Madame la Présidente,

 

Je remercie le Coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient, Monsieur Robert Serry, de sa présentation.

 

Le Luxembourg s’associe pleinement à la déclaration qui sera faite par l’Union européenne.

 

Madame la Présidente,

 

Le processus de paix au Moyen-Orient se trouve dans une phase critique. Les colonies de peuplement s’étendent, en violation du droit international, la situation humanitaire dans la bande de Gaza se dégrade, et les déclarations provocatrices des extrémistes de tous bords prolifèrent. Les tirs de roquette dirigés contre Israël se poursuivent, les tensions s’accroissent sur l’esplanade des mosquées et – plus récemment – aux alentours de l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, et la violence persiste de la part de colons qui restent le plus souvent impunis.

 

Neuf mois de pourparlers n’ont pas permis de dégager un accord, ni même un cadre de négociations pour un accord sur le statut final, mais les pourparlers ne doivent pas pour autant s’arrêter. Tout le monde le sait, seul le dialogue permettra de trouver une solution pérenne au conflit israélo-palestinien. Par conséquent, nous réitérons notre plein soutien aux efforts déployés par l’administration américaine, et nous exhortons les deux parties à rester engagées dans ce processus qui vise la création d’un Etat palestinien souverain, indépendant, démocratique, d’un seul tenant et viable, vivant dans la paix et la sécurité aux côtés d’Israël, avec Jérusalem comme capitale des deux Etats.

 

Avec ses partenaires de l’Union européenne, le Luxembourg a appelé de façon constante à la réconciliation inter-palestinienne sous la direction du Président Abbas. Seule cette réconciliation permettra de renforcer la viabilité d’un futur accord de paix et d’assurer l’unité d’un Etat palestinien englobant la Cisjordanie et la bande de Gaza. Nous souhaitons que la réconciliation permette l’organisation rapide d’élections nationales, à même de garantir la légitimité démocratique des institutions palestiniennes. Nous saluons l’engagement pris par le Président Abbas de respecter le principe de la non-violence, de soutenir une solution à deux Etats et d’honorer l’ensemble des accords et obligations contractés antérieurement, y compris la reconnaissance du droit légitime d’Israël d’exister. Nous saluons dans ce contexte les mots très clairs que le Président Abbas a trouvés avant-hier pour condamner l’Holocauste, le qualifiant de crime le plus odieux commis contre l’humanité à l’ère moderne. Le fait que le Président Abbas reste pleinement en charge du processus de négociation avec pour mandat de négocier au nom et pour le compte de tous les Palestiniens, représente, à notre sens, l’assurance que ces négociations de paix peuvent et doivent continuer. Les efforts considérables déployés ces derniers mois ne sauraient avoir été vains. Les négociations doivent reprendre afin que soit mis un terme à l’occupation, afin que soit mise en œuvre la solution des deux Etats.

 

Madame la Présidente,

 

J’en viens maintenant à la situation en Syrie. Nous restons convaincus que la solution au conflit syrien ne peut être que politique. Mais comment y arriver quand les autorités syriennes renvoient la question de la transition politique aux calendes grecques ? Comment y arriver quand le Président Assad poursuit de manière acharnée sa politique de la terre brûlée avec en ligne de mire les prochaines élections présidentielles, des élections que Monsieur Lakhdar Brahimi a qualifiées à juste titre comme étant incompatibles avec le processus de Genève ?

 

Un pouvoir engagé dans la recherche d’une solution politique ne place pas les représentants de l’opposition sur la liste des individus terroristes, ne confisque pas leurs biens, ne menace et n’emprisonne pas les membres de leurs familles pour les torturer. Un pouvoir engagé dans la recherche d’une solution politique ne poursuit pas sa fuite en avant, militaire et meurtrière, en bombardant les populations civiles, en affamant son propre peuple, ses femmes et ses enfants. Un dirigeant engagé dans la recherche d’une solution politique ne cherche pas à se faire réélire dans une parodie d’élection alors que la moitié de la population est déplacée ou réfugiée.

 

Madame la Présidente,

 

Pour défendre le droit international humanitaire en Syrie, la résolution 2139 que nous avons adoptée il y a deux mois a formulé une série de demandes très claires :(i) l’arrêt immédiat des attaques indiscriminées contre les civils, tels que les bombardements aériens et l’emploi de barils d’explosifs ; (ii) l’accès humanitaire immédiat aux zones difficiles d’accès et assiégées par les routes les plus directes, y compris à travers les lignes de conflit et les frontières ; (iii) la levée des obstacles bureaucratiques à l’acheminement de l’aide.

 

Sur base des deux premiers rapports mensuels du Secrétaire général sur la mise en œuvre de la résolution 2139, un seul constat s’impose : les parties au conflit, en particulier les autorités syriennes, n’ont pas donné suite aux demandes du Conseil de sécurité. Pour preuve, la poursuite et l’intensification des attaques qui frappent les civils aux barils d’explosifs ; les quelque 242.000 personnes qui restent assiégées ; les 3,5 millions de personnes qui continuent de vivre dans les zones difficiles d’accès, et qui ne reçoivent de l’aide qu’au compte-gouttes ; les 5,5 millions d’enfants qui risquent de devenir une génération perdue ; les fonctionnaires syriens qui continuent de retirer systématiquement les fournitures médicales des convois censés se rendre dans les zones contrôlées par l’opposition. Ce déni d’aide médicale aux populations civiles a été qualifié d’arbitraire et injustifié dans le dernier rapport du Secrétaire général que nous examinerons demain en consultations avec Valerie Amos.

 

Dans la résolution 2139, le Conseil a exprimé son intention de prendre des mesures supplémentaires en cas de non-respect de cette résolution. Il faudra en tirer les conséquences. Il en va de notre responsabilité, de notre crédibilité et de l’autorité des décisions contraignantes prises par le Conseil de sécurité.

 

De la même façon, nous devons insister sur l’élimination complète du programme d’armes chimiques de la Syrie. Le Luxembourg est gravement préoccupé par les nouvelles allégations d’emploi de substances chimiques, notamment dans la ville de Kafr Zita le 11 avril dernier, près de Hama, lorsque des barils d’explosifs remplis de chlore auraient été largués sur des civils, dont un grand nombre d’enfants. Ces nouvelles allégations d’emploi d’agents chimiques, si elles étaient confirmées, constitueraient une grave violation de la résolution 2118 et de la Convention d’interdiction des armes chimiques. Il est donc essentiel que la mission d’enquête de l’OIAC, annoncée aujourd’hui, puisse au plus vite faire la lumière sur ces allégations.

 

Madame la Présidente,

 

En conclusion, permettez-moi de réitérer notre ferme conviction que les auteurs des crimes atroces commis en Syrie depuis mars 2011 doivent être tenus responsables de leurs actes. Le moment est venu de référer enfin la situation en Syrie à la Cour pénale internationale. Pour que justice soit faite, et pour que soit mis un terme aux crimes qui révoltent la conscience humaine.

 

Je vous remercie.

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