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Débat public du Conseil de sécurité sur les femmes et la paix et la sécurité
A l'occasion du débat public, le Conseil de sécurité a adopté une déclaration de son président (S/PRST/2014/21).
Intervention de S.E. Mme Sylvie Lucas, Représentant permanent du Luxembourg :
"Madame la Présidente,
Je remercie la Directrice exécutive d’ONU-Femmes, Madame Phumzile Mlambo-Ngcuka, pour son exposé et pour nous avoir transmis le message du Secrétaire général. Je remercie de même le Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix Edmond Mulet pour sa présentation. Je salue la présence parmi nous du Rapporteur spécial sur les droits de l’homme des personnes déplacées, Monsieur Chaloka Beyani, ainsi que celle de Madame Suaad Allami. Son témoignage nous interpelle à redoubler d'efforts. Je félicite la Présidence argentine du Conseil de sécurité pour le choix du thème de ce débat public, alors que le nombre des réfugiés et des personnes déplacées dans le monde atteint un niveau inégalé depuis la Seconde Guerre mondiale. Enfin, je voudrais remercier la délégation du Royaume-Uni pour avoir facilité les négociations de la déclaration présidentielle que nous venons d’adopter.
Je m’associe pleinement à la déclaration qui sera faite par l’Union européenne.
Madame la Présidente,
Le débat public d’aujourd’hui marque le début d’une période que nous espérons déterminante pour la promotion des femmes dans le monde entier. L’année 2015 marquera en effet le 15ième anniversaire de la résolution 1325 et nous permettra de faire le bilan sur la situation des femmes du point de vue de la paix et de la sécurité. L’examen de la mise en œuvre de la Déclaration et du programme d’action de Pékin, à l’occasion de leur 20e anniversaire, sera l’occasion de nous pencher sur les progrès réalisés et les défis à relever pour promouvoir pleinement l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes. Enfin, le programme de développement pour l’après-2015 et les objectifs de développement durable devront assurer aux femmes, en tant qu’acteurs du changement, le rôle qui leur revient dans le développement humain.
Madame la Présidente,
Les conflits ne créent pas de nouvelles discriminations. Ils ne font que mettre en évidence et accentuer celles qui existaient déjà en temps de paix. Nul exemple ne l’illustre mieux que la situation des femmes réfugiées et déplacées. Tous les jours, les informations qui nous parviennent de Syrie, d’Afghanistan ou encore de Somalie et du Soudan du Sud - deux pays dans lesquels le Conseil de sécurité s’est rendu au mois d’août - illustrent ce triste état de fait. Pour ma part, je ne peux oublier le témoignage poignant de Madame Zainab Hawa Bangura, la Représentante spéciale chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit, qui s’est rendue pour la première fois au début de ce mois au Soudan du Sud, et qui nous a fait le récit, la semaine dernière, de la situation dramatique des femmes déplacées dans le camp de Bentiu.
Les femmes réfugiées et déplacées figurent parmi les populations les plus vulnérables qui soient : leurs droits à la sécurité, à la santé sexuelle et reproductive et à l’éducation sont systématiquement bafoués. La violence sexuelle dans et autour des camps de personnes déplacées est endémique. En charge de subvenir aux besoins de leur famille, les femmes doivent souvent braver plusieurs points de contrôle à la recherche d’eau et de vivres. Abandonnées à elles-mêmes, elles n’ont aucun moyen de se défendre contre leurs agresseurs. La peur de la violence sexuelle peut également favoriser les mariages précoces, comme c’est le cas par exemple en Somalie. Ces arrangements supposés mettre à l’abri les jeunes filles ont des conséquences préjudiciables en termes de santé et d’accès à l’éducation.
Les femmes réfugiées et déplacées ne font pas seulement face à la violence sexuelle, loin s’en faut : l’accès à l’éducation, à la justice, aux services de santé sont quelques-uns des défis dont le document de réflexion de la Présidence argentine dresse l’inventaire. Face à cette situation complexe, il ne saurait y avoir de réponse simpliste. Une approche holistique est nécessaire. L’engagement concerté des Etats membres, du système des Nations Unies et de la société civile est requis. Je mentionnerai quatre points qui nous paraissent prioritaires.
Il faut mettre un terme à l’impunité des auteurs de violences contre les femmes et les filles. Tant qu’il n’y aura pas de système judiciaire et sécuritaire crédible, les auteurs de ces crimes continueront leurs méfaits. Pour la communauté internationale, il s’agit de soutenir le renforcement des capacités des Etats membres, à court et à long terme. Des initiatives innovantes existent et doivent être soutenues. Je pense notamment à l’Equipe d’experts de l’état de droit et des questions touchant les violences sexuelles commises en période de conflit, ou encore à l’initiative Justice Rapid Response (JRR). Le Luxembourg soutient activement ces deux initiatives. Je voudrais aussi réaffirmer le plein appui de mon pays à la Cour pénale internationale, une institution qui renforce la lutte contre l’impunité et qui a tout son rôle à jouer.
Condamner les auteurs des crimes n’est qu’un aspect de la justice ; s’assurer que les victimes obtiennent une compensation réelle pour les préjudices subis est son pendant essentiel. Nous saluons dans ce contexte le guide sur l’accès aux réparations pour les victimes de violence sexuelle qui a été publié au mois de juin de cette année par ONU-Femmes et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.
En troisième lieu, la participation des femmes à toutes les discussions relatives à leurs droits et à leurs besoins spécifiques doit être garantie. Tant au niveau des structures décisionnelles des camps de réfugiés et de personnes déplacées qu’au niveau de l’élaboration des programmes humanitaires et des négociations de paix, la participation des femmes est une condition nécessaire pour garantir le succès des mesures mises en place. Pour cela, il faut renforcer et soutenir le rôle de la société civile et des femmes défenseurs des droits de l’homme.
Mon quatrième point consiste à rappeler le rôle que le Conseil de sécurité doit continuer à jouer en la matière, y compris lors de ses visites du terrain. Notre récente visite au Soudan du Sud et en Somalie nous a permis d’aller à la rencontre des organisations de femmes de la société civile. Lors de sa visite dans la région des Grands Lacs en octobre 2013, le Conseil de sécurité avait aussi eu l’occasion de s’entretenir avec des femmes déplacées dans le camp Mugunga III, à proximité de la ville de Goma. Cette pratique doit être poursuivie.
Madame la Présidente,
Comme je l’ai dit en introduction, l’année 2015 sera une année importante pour les femmes dans le monde entier. Nous attendons avec intérêt les résultats de l’étude globale sur l’état de mise en œuvre de la résolution 1325 que le Conseil de sécurité a commanditée dans sa résolution 2122, et que le Luxembourg appuie par le biais d’un important programme mis en œuvre par le Département des opérations de maintien de la paix.
Nous espérons vivement que nous saurons, collectivement, nous montrer à la hauteur des attentes auxquelles nous avons promis de donner une réponse il y a bientôt quinze ans. Faisons en sorte que ce 15ème anniversaire ne soit pas une occasion de tomber dans la complaisance, mais qu’il nous encourage à redoubler d’efforts pour mettre un terme aux discriminations à l’encontre des femmes dans les conflits et garantir ainsi une paix et une sécurité plus durables.
Je vous remercie."














