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Forum politique de haut niveau pour le développement durable: Revue volontaire nationale du Luxembourg

Publié le lundi 17 juillet 2017

Discours de Madame Carole Dieschbourg, ministre de l’Environnement et de Monsieur Romain Schneider, ministre de la Coopération et de l’Action humanitaire au Forum politique de haut niveau pour le développement durable

New York, le 17 juillet 2017

Monsieur le Président, 
Excellences,
Mesdames et Messieurs, 
Chers collègues,

Le Luxembourg est un pays ouvert, au carrefour de l’Europe et du monde, et bien conscient que nous partageons ce monde. Nous utilisons l’Agenda 2030 comme fil rouge transversale pour accélérer la transition vers un monde plus durable, résilient et plus juste. Nous sommes un petit pays dans le concert des Nations, mais nous partageons l’ambition et l’optimisme de l’Agenda 2030. Avec ses 2500 km2 et ses 590.000 habitants, notre pays est souvent désigné comme un pays à taille humaine. Sa taille et sa situation ont forgé notre vision du monde comme un système interdépendant et interconnecté. Multiculturel et multilingue, la nature profonde de notre pays est la recherche du consensus et l’action commune.

Notre population connaît un dynamisme démographique exceptionnel avec une augmentation du nombre de résidents de 23% en l’espace de 10 ans. 48% d’étrangers de plus de 150 nationalités différentes vivent au Luxembourg. A cela s’ajoute que 45% des emplois sont assurés par les travailleurs frontaliers.

Le revers de cette médaille est l’impact des modes de vie actuels et une pression croissante sur notre environnement. La prospérité du Luxembourg a engendré une croissance démographique et économique sans précédent. 4 défis et 6 champs d’action ont été identifiés par le gouvernement.
1) L’inclusion sociale et une bonne éducation à des enfants d’une très grande diversité est un de nos principaux défis.
2) Pour assurer un modèle de société durable, l’économie doit absolument se diversifier, se décarboniser et se découpler de la consommation des ressources naturelles.
3) Les besoins en mobilité qui découlent de la métropolisation de notre territoire doivent être orientés vers un modèle plus durable.
4) Planifier et coordonner l’utilisation du sol demande un aménagement du territoire mieux réfléchi.
5) Il faut protéger plus efficacement notre environnement naturel.
6) Enfin, la protection du climat est au cœur de tous les enjeux et de toutes les politiques sectorielles du pays.

Confronté à ces « chantiers » de développement durable, nous entendons les adresser de manière résolue avec l’Agenda 2030 comme guide. Et nous devons progresser vite. Notre Gouvernement a adopté le rapport sur la mise en œuvre de l’Agenda 2030 au et par le Luxembourg en mai de cette année. La prochaine étape est l’analyse des lacunes en vue d’un nouveau Plan National pour un Développement Durable au printemps de l’année prochaine. Par la gouvernance en place, nous allons transformer tous les acteurs publics en acteurs de développement durable. Notre législation nous donne cette opportunité. Et la société civile jouera un rôle important dans ce processus de réflexion et de mise en œuvre.

Nous sommes convaincus que la mise en œuvre nécessite l’implication du gouvernement dans son ensemble, que des synergies entre les différents domaines politiques doivent être identifiées et mieux exploitées.

4 exemples concrets d’initiatives récentes pour vos montrer nos efforts.

Avec le ministère de l’Economie, mais aussi avec le secteur privé et avec les entreprises, le ministère du Développement durable mise sur l’économie circulaire. Plateforme créée en 2015, le programme national Fit for Circularity les accompagne pour les aider à effectuer cette transition vers l’économie circulaire.

Le Luxembourg s’est engagé dans des processus de gouvernance selon une approche « bottom-up », notamment par la création de partenariats multi-acteurs :
- Avec les municipalités et les citoyens, le gouvernement du Luxembourg – sous la responsabilité du ministère du développement durable et des infrastructures – veut réfléchir à son modèle de croissance et à l’organisation du territoire.
- Pendant un an et demi, plus de 300 acteurs socio-économiques issus du gouvernement, du monde des affaires, des milieux universitaires et de la société civile ont travaillé à l’élaboration d’une étude stratégique pour la mise en œuvre de la « Troisième Révolution Industrielle » au Luxembourg, c’est-à-dire une vision d’une économie décarbonisée jusqu’en 2050 offrant des chances et des opportunités ;
- Avec les municipalités, nous travaillons à la protection du climat. Toutes les municipalités luxembourgeoises se sont engagées dans un partenariat avec l’Etat au sein du « Pacte Climat ». Elles s’engagent à mettre en œuvre un système de qualité et de certification et un système de comptabilité énergétique. En contrepartie, l’Etat garantit un soutien financier et une assistance technique. Dans chaque municipalité, une « équipe climat » est mise en place, avec un conseiller climat, des représentants issus du monde politique, des employés municipaux, des représentants d’entreprises locales et des citoyens. A partir de cette année, de nouvelles mesures visant à améliorer la qualité de l’air se sont ajoutées à ce programme de certification. En 2018, elles seront suivies par des mesures en faveur de l’économie circulaire.

Mesdames et Messieurs,

Après ces exemples concrets de mise en œuvre de l’Agenda 2030, encore quelques mots sur les initiatives de réorientation des flux financiers. Un domaine qui me tient au cœur.

Les nouveaux engagements politiques de 2015 tant l’Addis Ababa Action Agenda que l’Agenda 2030 et l’Accord de Paris ont souligné les besoins financiers énormes.

Le Luxembourg est conscient de sa responsabilité et s’est attelé à créer une complémentarité entre instruments existants et à développer de nouveaux mécanismes innovants.

Afin de définir une stratégie pour le financement de l’action climatique du Luxembourg, une taskforce réunit les acteurs publics et privés et coordonne les travaux pour mettre en œuvre cette stratégie. Elle poursuit l’objectif de faire une contribution crédible à la lutte internationale contre le changement climatique, de réorienter les flux financiers et d’établir le Luxembourg comme un centre international de finance climatique.

Dans le contexte de cette stratégie, je tiens à souligner notamment,
- le lancement du « Luxembourg Green Exchange » par la Bourse luxembourgeoise,
- une plateforme avec la Banque européenne d’investissement, la Luxembourg-European Investment Bank Climate Finance Platform, dans laquelle le gouvernement luxembourgeois contribue à hauteur de 30 millions d’euros, en tant qu’instrument de réduction des risques,
- et l’agence de labélisation LuxFLAG qui a lancé en septembre 2016 un label de qualité Climate Finance certifiant à des fonds d’investissement que leur politique d’investissement sert l’action climatique. Ce label est un contrôle de qualité, un instrument de transparence.

A côté de ces partenariats avec la place financière, le Luxembourg s’engage à continuer de soutenir l’action climatique dans les pays en développement par l’intermédiaire d’une contribution de 120 millions d’euros entre 2014 et 2020 ; ce qui fait plus de 200 euros par habitant.

Ce montant inclut une contribution annuelle de 5 millions d’euros au Fonds Vert pour le Climat, soit environ 10 euros par habitant et par an, soit un total de 35 millions d’euros.
 
Ces fonds sont nouveaux et s’ajoutent à notre aide publique au développement.

Je vous remercie et passe la parole à mon collègue ministre Romain Schneider.

Comme ministre de la Coopération et de l’Action humanitaire, c’est pour moi un grand honneur de poursuivre cette présentation.

Tous les Etats ont une grande responsabilité dans l’éradication de la pauvreté, donc à réussir l’ODD1 avec les apports des autres ODD, dont l’ODD 17.

Le Luxembourg s’engage à continuer à assumer pleinement sa part de responsabilité et à se montrer solidaire avec ceux qui sont dans le besoin, avec l’objectif de ne laisser personne de côté.

Depuis plus de 30 ans, le Luxembourg a mis en place, de façon continue et au-delà des clivages politiques, une coopération au développement qui se veut fiable, engagée et compétente, conformément aux principes de l’efficacité du développement. La Coopération luxembourgeoise prend ainsi des engagements multiannuels, retenus d’un commun accord avec nos partenaires, alignés sur leurs besoins, et pour autant que possible, leurs procédures.

La cohérence des politiques pour le développement, et pour le développement durable, nous guide dans notre démarche. De par sa globalité et l’interdépendance entre ODD, l’Agenda 2030 transforme toutes les instances publiques en acteurs du développement et confère ainsi à tous une responsabilité partagée.

Le Luxembourg est actif dans les pays et secteurs où il estime pouvoir apporter une valeur ajoutée et évite ainsi de disperser ses efforts. De par la nature de son intervention avec 100% de dons, le Luxembourg cible son action à 45% sur les pays les moins avancés. A l’avenir, nous nous concentrerons encore davantage sur les PMA, les pays fragiles et en sortie de crise. Pour ce qui est des secteurs, le Luxembourg agit et agira prioritairement dans les secteurs sociaux, avec p.ex. 16% dans la santé et plus de 18% dans l’éducation et surtout la formation professionnelle et l’insertion professionnelle. Assurer ainsi un métier aux jeunes est pour nous un gage de créer des opportunités d’avenir.

Le principe du partenariat que pratique la Coopération luxembourgeoise est l’illustration de notre respect d’autrui. Respect mutuel avec les sept pays partenaires de la Coopération luxembourgeoise où je crois pouvoir dire que nous sommes perçus comme facilitateur et accompagnateur. La société civile nationale et locale joue un rôle important dans les actions de développement, mais aussi pour ce qui est de la sensibilisation et de l’éducation au développement, grâce auxquelles notre engagement national est largement porté par notre opinion publique. 30% de nos opérations passent par les agences onusiennes et d’autres acteurs multilatéraux, et ce sur base d’accords de partenariat stratégiques multiannuels et avec les agences dont l’action est la plus complémentaire avec nos priorités.

Le secteur privé est de plus en plus impliqué dans nos actions sur le terrain, notamment à travers les technologies de l’information et des communications, dans le respect du principe de l’aide non-liée. La coopération avec les instituts de recherche et l’université de Luxembourg est un complément indispensable p.ex. dans le domaine de la santé, mais aussi de la gouvernance et de l’Etat de droit.

L’aide publique au développement du Luxembourg a progressé de manière systématique depuis l’annonce faite au sommet en 1992, pour atteindre 0,7% du RNB en l’an 2000 et 1% depuis 2009. C’est notre engagement continu depuis lors. L’APD n’est évidemment pas source de miracles, mais elle est plus que jamais indispensable pour les PMA et les pays fragiles, tout comme elle constitue un multiplicateur et catalyseur précieux dans les pays à revenu moyen, y compris pour faciliter les actions du secteur privé.

Comme déjà indiqué par ma collègue, la Ministre Dieschbourg, le financement climat est additionnel à l’aide publique au développement et se pratique de façon très complémentaire. Le gouvernement a également décidé de ne pas inclure dans l’aide publique au développement les dépenses liées à l’accueil des réfugiés ou migrants irréguliers.

De par sa nature et du fait qu’il est le successeur des objectifs du millénaire pour le développement, l’Agenda 2030 est « la » feuille de route de la Coopération luxembourgeoise.

Dans notre nouvelle stratégie de développement, l’Agenda 2030 constituera l’ossature, ensemble avec le plan d’action d’Addis Abeba, qui en est une partie intégrante. La capacité des États de générer plus de ressources nationales est pour nous une priorité, y compris à travers le renoncement par le Luxembourg comme bailleur à l’exonération fiscale dans les nouveaux programmes indicatifs de la coopération bilatérale.

Le genre, l’environnement/climat et la gouvernance sont les thèmes transversaux de notre action. Ils ont la capacité de rendre tout investissement en matière d’APD plus durable. Un mot à la fin pour souligner avec véhémence le rôle des filles et femmes pour réussir un développement. Leur accès aux services sociaux, leurs droits à déterminer leur avenir et leur développement méritent une attention très particulière.

Je vous remercie.

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