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Séance d’information du Conseil de sécurité sur la consolidation de la paix après un conflit

Publié le mardi 15 juillet 2014

Intervention de S.E. Mme Sylvie Lucas, Ambassadeur, Représentant permanent du Luxembourg auprès des Nations Unies :

"Monsieur le Président,

Je remercie le Rwanda d’avoir organisé sous sa Présidence cette séance d’information sur les activités de la Commission de consolidation de la paix (CCP). Je félicite le Représentant permanent de la Croatie, l’Ambassadeur Drobnjak, et son prédécesseur, l’Ambassadeur Vilović, pour leur engagement à la tête de la Commission en 2013. Je salue le Représentant permanent du Brésil, l’Ambassadeur Patriota pour son leadership de la CCP en général et de la Formation Guinée-Bissau en particulier. Je saisis l’occasion pour exprimer toute ma gratitude à la Sous-Secrétaire générale Judy Cheng-Hopkins pour le travail qu’elle accomplit avec toute l’équipe du Bureau d’appui à la consolidation de la paix.

Le Luxembourg a travaillé activement au cours de l’année écoulée pour renforcer l’interaction entre la CCP et le Conseil de sécurité. S’il n’y a pas eu progrès concernant la participation des Présidents des Formations-pays aux consultations du Conseil, des arrangements pragmatiques ont été mis en place en vue de dépasser le stade de l’interaction formelle. Il convient à présent d’approfondir ces échanges, de s’engager sur le fond, de discuter de sujets tels que les causes profondes des conflits, notamment leurs causes socio-économiques, ou les risques de rechute dans un conflit.

Les pays qui sont à l’ordre du jour de la Commission, en particulier ceux en l’Afrique de l’Ouest, doivent faire face à des crises complexes et enchevêtrées.

Les risques de conflit sont souvent exacerbés par la dimension politique ou par la faiblesse ou l’absence des institutions de l’Etat. Nous ne pouvons pas ignorer les réalités de l’économie politique d’un pays, les causes profondes des conflits, les risques que représentent la corruption, une gouvernance qui n’est pas favorable au développement, l’exclusion politique, économique ou sociale, les violations des droits de l’homme, la criminalité transnationale organisée ou encore les cultures politiques dans lesquelles le vainqueur rafle la mise.

Négliger ces causes profondes, c’est risquer une résurgence du conflit et de la violence. Nous avons pu en faire le constat douloureux en Guinée-Bissau en 2012, ainsi qu’en République centrafricaine et au Soudan du Sud en 2013 et 2014.

Pour tirer les leçons des erreurs du passé, le Secrétariat des Nations Unies a pris des initiatives importantes telles que l’initiative « Les droits avant tout » (« Rights up Front »).

Nous devons aussi savoir remettre en question certaines de nos approches en relation avec la consolidation de la paix et le renforcement des Etats. Je pense par exemple à l’approche du principe de l’appropriation nationale.

Une consolidation de la paix durable exige la mise en place de processus et de règlements politiques sans exclusive, d’institutions nationales compétentes et redevables, afin de négocier et mettre en œuvre un nouveau contrat social : c’est une entreprise qui peut durer plus d’une génération. Le soutien et le partenariat de la communauté internationale sont partant nécessaires dans le long terme. Nous saluons à cet égard les efforts réalisés par les Etats fragiles réunis au sein du groupe g7+ et la conclusion d’accords nationaux dans le cadre du « New Deal ».

L’Etat et le Gouvernement ont des responsabilités fondamentales envers leur population. En s’acquittant de ses fonctions régaliennes, l’Etat maintient sa légitimité. L’Etat doit assumer ses responsabilités en matière de promotion et de protection des droits de l’homme, d’Etat de droit, de prestation de services publics au bénéfice des citoyens. Dans les situations post-conflit, les processus de consolidation de la paix doivent être inclusifs. Ils doivent aspirer à refléter un véritable consensus national. C’est en appuyant la mise en place de partenariats sans exclusive au niveau national que la CCP peut véritablement faire la différence, surtout pour conforter la participation intégrale des femmes, des jeunes et d’autres groupes trop souvent exclus.

En 2013, la Formation Guinée de la CCP, que j’ai l’honneur de présider, a entamé sa troisième année d’activités. Les efforts de la Commission de consolidation de la paix en Guinée ont été concentrés sur l’appui à l’organisation des élections législatives, qui ont eu lieu le 28 septembre, au terme d’un dialogue politique sans exclusive, facilité par les Nations Unies. Il importe désormais de consolider ces acquis et de permettre à la population guinéenne de bénéficier pleinement des dividendes de la paix et de la démocratie.

Monsieur le Président,

Permettez-moi de conclure en tournant mon regard vers l’année prochaine. En 2015, l’architecture de consolidation de la paix établie en 2005 sera examinée en profondeur. Cet examen devra reconnaître à sa juste valeur le potentiel de la Commission de consolidation de la paix en tant qu’organe consultatif et en tant qu’accompagnatrice des pays sortant d’un conflit. L’examen devra se baser sur les enseignements appris par la Commission, mais également par le Secrétariat et l’ensemble du système des Nations Unies, pour rendre notre appui au relèvement des Etats et des sociétés au lendemain d’un conflit plus stratégique et durable.

Le Luxembourg est prêt à contribuer à cet exercice délicat mais indispensable pour renforcer l’action des Nations Unies en appui à la consolidation de la paix.

Je vous remercie."

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