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Séance d’information publique du Conseil de sécurité sur la paix et la sécurité en Afrique (Sahel)

Publié le jeudi 11 décembre 2014

Intervention de S.E. Mme Sylvie Lucas, Représentant permanent du Luxembourg: 

"Monsieur le Président,

Je remercie le Tchad d’avoir organisé cette séance consacrée au Sahel dans le cadre de sa Présidence du Conseil de sécurité. Mes remerciements vont aussi à l’Envoyée spéciale du Secrétaire général, Madame Hiroute Guébré Sellassié, pour son exposé sur les progrès accomplis dans la mise en œuvre de la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel. Votre intervention souligne à juste titre l’importance pour la communauté internationale de disposer d’une approche régionale cohérente et coordonnée, une approche complémentaire aux politiques nationales, pour renforcer la gouvernance, la sécurité, la résilience et le développement dans la région du Sahel.

Depuis la dernière intervention de l’Envoyée spéciale au Conseil au cours du mois de juin, la situation sécuritaire a continué de se détériorer au nord du Mali, en Libye, ainsi qu’autour du lac Tchad. Les conflits armés, la prolifération d’armes, la criminalité transnationale organisée telle que le trafic de drogue, et les liens que cette criminalité entretient, dans certains cas, avec les groupes terroristes continuent de faire peser une considérable menace pour la paix et la sécurité dans la région. Les violences accrues ont encore exacerbé la situation humanitaire extrêmement fragile dans le Sahel. Comme l’Envoyée spéciale vient de le rappeler, au moins 20 millions de personnes y demeurent exposées à l’insécurité alimentaire et plus de 6 millions d’enfants risquent d’y souffrir de malnutrition aiguë.

Aujourd’hui, aucun Etat n’est en mesure de contrer cette menace seul. Le « business as usual » n’est plus une option. Le renforcement de la coopération régionale est impératif. Deux initiatives progressent en ce sens, et nous nous en félicitons. Il s’agit d’une part de la Plateforme ministérielle de coordination des stratégies Sahel, dont la Présidence est assurée de 2013 à 2015 par le Mali et qui a le mérite de répondre à l’impératif de l’appropriation nationale et régionale et d’être épaulée par un Secrétariat technique. Il s’agit d’autre part du groupe régional G5, le « Groupe des cinq pays pour le Sahel » regroupant le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. La troisième réunion de la Plateforme ministérielle a eu lieu le 18 novembre en présence, et cela pour la première fois, du Secrétaire permanent du G5 Sahel. Dans ce contexte, je souhaiterais demander à Madame Sellassié dans quelle mesure ce rapprochement entre les deux initiatives, la Plateforme ministérielle et le G5 Sahel, permettra de renforcer la confiance entre les pays de la région en vue d’accroître leur coopération en matière de sécurité.

Monsieur le Président,

Fin octobre - début novembre, nous avons assisté à un soulèvement populaire sans précédent au Burkina Faso, qui a entraîné la démission du Président et la mise en place d’autorités civiles de transition, de manière pacifique et dans le respect de la Constitution. Ces événements illustrent l’importance de faire du renforcement de la légitimité des Etats une priorité.

Les pays du Sahel devront certes disposer de capacités supplémentaires dans le domaine de la sécurité pour répondre aux défis mentionnés précédemment. En même temps, il importe de favoriser l’émergence d’institutions qui soient redevables devant les citoyens et qui soient en mesure de fournir des services de base à l’ensemble de la population, y compris l’accès à la justice. Cela contribuera à réduire les tensions internes et à trouver des solutions durables aux causes profondes de l’instabilité de la région. La participation des femmes, trop souvent écartées du processus de prise de décision, devra être encouragée. De même, il faut que la société civile puisse jouer tout son rôle. Une gouvernance favorable au développement et la résilience des institutions démocratiques constituent en effet des remparts efficaces à la radicalisation violente et à l’émergence de conflits nationaux et régionaux.

Parallèlement, une attention particulière doit être accordée aux zones frontalières et aux infrastructures qui facilitent l’intégration régionale. Cela permettra aussi d’améliorer le contrôle du territoire et de renforcer l’autorité de l’Etat sur l’ensemble de celui-ci. Dans ce contexte, je voudrais mentionner le fait que, dans le cadre de ses programmes de coopération régionaux, le Luxembourg finance, entre autres, depuis 2012, en partenariat avec l’Union économique et monétaire ouest-africaine, un programme régional de UNCDF, le Fonds d’équipement des Nations Unies, intitulé « Initiatives transfrontalières de développement local ».

Ce programme vise à renforcer le cadre de gouvernance de la coopération transfrontalière en Afrique de l’Ouest. Au niveau régional et national, il s’agit d’adopter des stratégies en vue de renforcer la coopération au-delà des frontières. Au niveau local, le programme a permis d’élaborer des outils d’appui aux collectivités pour le financement d’investissements transfrontaliers. Le volet de ce programme qui concerne le Niger, le Mali et le Burkina Faso illustre bien la volonté des collectivités locales de ces trois pays de travailler ensemble et de créer des espaces transfrontaliers de développement socio-économique, qui constituent aussi un vecteur de l’intégration régionale.

Monsieur le Président,

Pour conclure, je voudrais assurer l’Envoyée spéciale du Secrétaire général du plein appui du Luxembourg dans sa tâche. Fort de ses programmes de coopération et de ses relations de longue date avec les pays de la région du Sahel, mon pays continuera de s’engager résolument pour renforcer l’action internationale pour la paix, la sécurité et le développement, trois objectifs auxquelles les populations du Sahel aspirent depuis longtemps. Ne décevons pas leurs espoirs.

Je vous remercie."

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