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Séance d’information publique du Conseil de sécurité sur la situation en République populaire démocratique de Corée

Publié le lundi 22 décembre 2014

Intervention de S. E. Mme Sylvie Lucas, Représentant permanent du Luxembourg : 

"Monsieur le Président,

Je voudrais entamer mon propos en vous remerciant d’avoir bien voulu prendre les dispositions nécessaires pour que la situation en République populaire démocratique de Corée soit inscrite formellement à l’ordre du jour du Conseil et pour que cette séance d’information publique puisse se tenir, à la demande de dix Etats membres du Conseil, dont mon pays, le Luxembourg. Je remercie le Sous-Secrétaire général aux Affaires politiques, Tayé-Brook Zerihoun, ainsi que le Sous-Secrétaire général aux Droits de l’homme, Ivan Šimonović, pour leurs exposés sur la situation en RPDC et ses conséquences pour la paix et la sécurité internationales.

Au cours de la dernière décennie, la République populaire démocratique de Corée s’est employée méthodiquement à bafouer le droit international, à saper le régime de non-prolifération nucléaire et à défier les décisions du Conseil de sécurité. Au mépris des obligations internationales qui lui incombent, la RPDC a procédé depuis 2006 à divers essais nucléaires et balistiques. Elle a refusé d’engager un dialogue constructif avec la communauté internationale et elle continue de proférer régulièrement des menaces de frappes nucléaires. Cette attitude attise les risques de conflit et constitue une menace à la paix et à la sécurité internationales. Nul ne peut le contester.

Mais il y a plus, et tout aussi grave. La République populaire démocratique de Corée viole gravement, depuis plusieurs décennies, et sur une échelle inégalée, les droits les plus élémentaires de sa population. C’est ce que documente avec méthode, rigueur et transparence le rapport accablant publié le 7 février dernier par la Commission mise en place par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies pour enquêter sur les droits de l’homme en RPDC.

Je ne vais pas ici faire l’inventaire macabre des atrocités commises en Corée du Nord. Elles donnent la nausée. Je voudrais, néanmoins, mettre en évidence trois points qui ressortent du rapport minutieux de la Commission d’enquête. Premièrement, une série de violations constatées par la Commission d’enquête répondent aux critères énoncés par le droit international et le Statut de Rome de la Cour pénale internationale pour établir l’existence de crimes contre l’humanité. Deuxièmement, les auteurs de ces crimes bénéficient d’une impunité totale, étant donné que leurs agissements se font dans le cadre de politiques établies au plus haut niveau de l’Etat. Troisièmement, ces violations frappent sans distinction les populations les plus vulnérables. Les femmes, d’abord, qui font l’objet de discriminations systématiques et d’abus intolérables, souvent d’ordre sexuel ; les enfants, ensuite, qui sont les premières victimes des famines et auxquels l’enfer des camps de prisonniers politiques n’est pas épargné.

Je voudrais, à cet égard, citer le témoignage de Monsieur Shin Dong-hyuk, rescapé de l’un de ces camps de prisonniers politiques, le camp numéro 14. Son témoignage concerne une petite fille de sept ans qui avait eu l’audace de ramasser des grains de céréales pour tromper sa faim. Voici le récit de ce témoin, il se trouve au paragraphe 772 du rapport des conclusions détaillées de la Commission d’enquête :

« Deux fois par semaines, les gardes choisissaient un enfant et le soumettaient à une inspection pour s’assurer qu’il n’avait rien volé ni ne dissimulait quelque chose. Une fillette de sept ans avait eu le malheur d’être choisie pour l’inspection. Dans sa poche, il y avait des grains de céréales. Le garde lui demanda d’où ils provenaient. La fillette répondit au garde qu’elle les avait ramassés dans la rue. Il y avait un bâton en bois dont les gardes avaient l’habitude de se servir. Et le garde lui dit alors : « ce n’est pas ce que je t’ai enseigné, tu ne respectes donc pas mon enseignement ». Alors, la fillette fut battue avec une telle violence qu’elle perdit conscience et que nous dûmes la ramener à sa maman. Le lendemain, quand elle ne vint pas à l’école, nous apprîmes qu’elle était morte. »

 

Monsieur le Président,

On ne saurait dissocier la posture belliqueuse de la RPDC sur le plan international de la situation révoltante des droits de l’homme qui y règne sur le plan interne, à l’instigation des dirigeants du régime nord-coréen. Le respect des droits de l’homme est le gage d’une société stable, disposée à vivre en paix avec ses voisins. Les conditions de vie inhumaines imposées à de larges franges de la population nord-coréenne représentent à terme un risque pour la stabilité du pays et, partant, pour l’ensemble de la région.

Par conséquent, il est impératif que le Conseil de sécurité examine les recommandations contenues dans le rapport de la Commission d’enquête. L’une de ces recommandations, qui est mentionnée du reste de façon explicite dans la résolution sur la situation des droits de l’homme en RPDC adoptée à une large majorité par l’Assemblée générale des Nations Unies le 18 décembre dernier, préconise la saisine de la Cour pénale internationale. Le Luxembourg souscrit pleinement à cette recommandation, car il importe absolument que les responsables des atrocités « sans égal dans le monde contemporain » commises en RPDC, pour reprendre les termes du rapport de la Commission d’enquête, rendent compte de leurs actes. Nous estimons également que le Conseil de sécurité devrait considérer l’adoption de sanctions ciblées contre ceux qui portent la plus grande part de responsabilité dans les crimes contre l’humanité commis en RPDC.

Nous invitons également les autorités nord-coréennes à autoriser la visite du Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme en RPDC, sans délai, et dans le respect des modalités des Nations Unies applicables aux missions d’établissement des faits. Ce serait là le signe que les autorités de la RPDC sont sincères dans leur volonté de coopérer avec les procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme.

Par ailleurs, vu l’ampleur des discriminations que subissent les femmes, et vu l’ampleur des violations et abus dont elles sont victimes, nous estimons que ONU-Femmes doit se saisir officiellement de la question et agir dans le cadre des compétences qui sont les siennes.

 

Monsieur le Président,

La séance d’aujourd’hui, une première en son genre, ne doit pas rester sans suite. Maintenant que le point est à l’ordre du jour du Conseil de sécurité, nous encourageons le Conseil à faire régulièrement le point, à l’avenir, sur la situation en RPDC. Les exposés que nous avons entendus aujourd’hui nous ont renforcés dans notre conviction qu’il est du devoir du Conseil de sécurité de suivre attentivement l’évolution de cette situation, eu égard au lien intrinsèque qui existe entre la paix et la sécurité, le développement et le respect des droits de l’homme, pour paraphraser la maxime de Kofi Annan. 

Pour conclure, je veux rendre un hommage appuyé au travail de la Commission d’enquête composée de Michael Kirby, Sonja Biserko et Marzuki Darusman. Ils nous ont appris à regarder la réalité nord-coréenne de la perspective des maltraités, des sans-pouvoirs, des sans-voix et des exclus du régime nord-coréen. Leur travail, les travaux du Conseil des droits de l’homme et de l’Assemblée générale et la séance d’aujourd’hui du Conseil de sécurité nous ont permis de donner une voix aux sans-voix de la République populaire démocratique de Corée. Le message que nous envoyons aujourd’hui est simple. La communauté internationale n’est pas sourde à la souffrance du peuple nord-coréen. Nous ne l’oublierons pas. Nous ne l’abandonnerons pas à son triste sort. Il mérite notre attention et notre soutien continus, jusqu’à ce qu’un terme soit mis à son calvaire.

Je vous remercie."

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