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Séance de synthèse des travaux du Conseil de sécurité au mois de décembre 2014

Publié le lundi 22 décembre 2014

Intervention de S.E. Mme Sylvie Lucas, Représentant permanent du Luxembourg :

"Monsieur le Président,

Alors que l’année 2014 touche à sa fin, et avec elle la Présidence tchadienne du Conseil de sécurité, je voudrais vous féliciter, ainsi que toute votre équipe, pour la façon dont vous avez mené à bien nos travaux.

Comme cette réunion sera la dernière séance de synthèse à laquelle nous participons en notre qualité de membre non permanent du Conseil de sécurité, je voudrais, avec votre indulgence, évoquer l’action du Conseil non seulement au mois de décembre, mais aussi au cours de la période 2013-2014. Beaucoup de sujets qui ont figuré au programme de ce mois nous ont d’ailleurs occupés au cours de ces deux dernières années. Tel est le cas de la Syrie, du Soudan et du Soudan du Sud, du Darfour, de la RDC, de la République centrafricaine, du Processus de paix au Moyen-Orient ou encore de la Libye, mais aussi des questions auxquelles le Tchad a réservé à juste titre une attention particulière, notamment la lutte contre le terrorisme ainsi que la coopération entre l’ONU et les organisations régionales.

Au cours du tout premier mandat du Luxembourg au Conseil de sécurité, nous nous sommes efforcés de ne pas perdre de vue que derrière chaque point à l’ordre du jour, et derrière les statistiques figurant dans les rapports du Secrétaire général, il y a des êtres humains, des destins individuels qui sont directement affectés par les conséquences de notre action comme de notre inaction. Siéger au Conseil de sécurité représente de ce fait une responsabilité particulière, une lourde responsabilité. Cette prise de conscience a guidé notre action à tout moment et plus particulièrement dans le dossier syrien. La situation en Syrie, qui ne cesse de se détériorer, représente malheureusement la faillite la plus retentissante de la communauté internationale au regard des buts et principes énoncés par la Charte des Nations Unies. L’acharnement du régime syrien à réprimer toute contestation, l’essor subséquent du terrorisme et les divergences persistantes entre les grandes puissances ont empêché toute solution politique à ce stade, plongeant la population syrienne dans un calvaire interminable. Dans ces conditions difficiles, nous avons essayé d’œuvrer pour garantir le droit des populations affectées à l’assistance humanitaire. Le travail effectué conjointement, d’abord avec nos amis australiens, puis aussi avec nos amis jordaniens en vue d’améliorer la situation des populations civiles et l’accès humanitaire, s’est traduit par l’adoption de la déclaration présidentielle du 2 octobre 2013, puis des résolutions 2139, 2165 et 2191. Le mécanisme pour l’aide transfrontalière et à travers les lignes de conflit, mis en place par la résolution 2165 et renouvelé pour un an par la résolution 2191, a fait ses preuves. Nous espérons qu’une montée en puissance des efforts de la communauté internationale permettra d’atteindre encore plus de personnes dans le besoin. En parallèle, nous voudrions saisir cette occasion d’appeler de nouveau les parties au conflit, en particulier les autorités syriennes, à assumer la responsabilité de protéger leur population, de cesser les violations du droit international humanitaire et les violations et abus des droits de l’homme. Nous les appelons en particulier à mettre fin aux violations et abus commis contre des millions d’enfants, en donnant suite aux recommandations concernant la Syrie adoptées le 26 novembre dernier par le Groupe de travail du Conseil de sécurité sur les enfants et les conflits armés. Il ne faut toutefois pas se leurrer : à défaut de solution politique au conflit syrien, il ne pourra pas être mis fin à la tragédie qui frappe le peuple syrien. Nous espérons que l’année prochaine sera déterminante à cet égard et que les efforts entrepris par l’Envoyé spécial Staffan de Mistura permettront d’ébaucher une sortie de crise.

Monsieur le Président,

Au cours des deux années passées, le Conseil a pris des décisions importantes, et on peut dire que son action a contribué à éviter le pire. Comme exemples, je mentionnerai la mise en place d’une brigade d’intervention au sein de la MONUSCO, en RDC, et la création de nouvelles Missions de stabilisation de l’ONU, au Mali d’abord, en République centrafricaine ensuite, alors que dans ce dernier pays, on pouvait craindre un nouveau génocide, un risque intolérable alors que nous commémorions le vingtième anniversaire du génocide au Rwanda. Nous avons bien agi, mais dans tous les cas que je viens de citer, un accompagnement soutenu et vigilant de la communauté internationale reste nécessaire. La même chose vaut pour la Somalie.

Nous avons œuvré au Conseil de sécurité dans le droit fil des convictions et des priorités que le Luxembourg a affirmées de longue date aux Nations Unies. Face aux situations de crise, nous avons prôné une approche holistique, forts du constat inspiré de Kofi Annan selon lequel une approche liant étroitement sécurité, développement et droits de l’homme représente la meilleure façon pour établir une paix durable et consolider la paix après un conflit. Dans ce contexte, nous avons insisté sur la protection des civils, le respect des droits de l’homme et du droit international humanitaire, le thème « femmes et paix et sécurité », ainsi que la lutte contre l’impunité, en mettant en exergue le rôle primordial joué à cet égard par la Cour pénale internationale. Le fait que le Conseil ait été empêché de déférer la situation en Syrie au Procureur de la CPI restera assurément un moment noir pour tous ceux qui, comme nous, voyaient la saisine de la Cour aussi dans une logique préventive, pour dissuader les parties au conflit syrien, y compris les groupes terroristes tels que Daech, de commettre davantage de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Nous nous sommes efforcés d’utiliser l’ensemble des outils à notre disposition pour promouvoir la protection des enfants, dans le cadre de la Présidence du Groupe de travail du Conseil de sécurité sur les enfants et les conflits armés bien évidemment, mais aussi en généralisant le langage relatif à la protection des enfants affectés par les conflits dans l’ensemble des décisions et prises de position adoptées par ce Conseil. Si nos interventions à ce sujet ont pu paraître répétitives à certains, c’est que les enfants sont hélas les premières victimes de tous les conflits contemporains. D’où l’importance de veiller à une prise en compte de la nécessité de protéger les enfants dans l’ensemble des travaux du Conseil et de traduire dans la pratique les résolutions et déclarations présidentielles adoptées par le Conseil en la matière, dont la dernière, la résolution 2143, adoptée à l’unanimité le 7 mars 2014.

Monsieur le Président,

Face aux menaces croissantes à la paix et à la sécurité internationales, il est primordial de renforcer l’efficacité du Conseil de sécurité. Ensemble avec d’autres, nous avons promu des innovations dans les méthodes de travail du Conseil qui doivent contribuer à cet objectif. Le temps passé au Conseil a également renforcé notre appui à l’initiative française d’un code de conduite par lequel les cinq membres permanents du Conseil de sécurité s’engageraient volontairement et collectivement à ne pas recourir au veto lorsque des atrocités de masse sont commises. Nous avons dû prendre acte du poids que l’usage du veto, et la menace de recourir au veto, font peser sur les travaux du Conseil. Et l’annexion illégale de la Crimée et les violations de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine ont exposé au grand jour les limites du Conseil de sécurité dans sa structure actuelle, nonobstant les dispositions de l’article 27.3 de la Charte.

L’exemple de l’Ukraine n’est malheureusement qu’un cas parmi plusieurs qui montrent que des efforts supplémentaires en vue d’une meilleure prise en compte de la dimension de la prévention des conflits dans les travaux du Conseil de sécurité restent nécessaires. Prévenir des conflits contribuera à coup sûr à renforcer, voire à rétablir la crédibilité du Conseil de sécurité. A cet égard, nous fondons beaucoup d’espoirs dans l’initiative du Secrétaire général, « Les droits avant tout ». Nous espérons que le recours plus fréquent à des briefings du Haut-Commissariat aux droits de l’homme et des Conseillers spéciaux du Secrétaire général pour la prévention du génocide et pour la responsabilité de protéger permettront au Conseil de mieux anticiper les crises et donc de prendre plus tôt les mesures qui s’imposent pour prévenir des conflits. C’est aussi dans cet esprit que nous saluons la séance d’information publique que le Conseil doit tenir cet après-midi au sujet de la situation en République populaire démocratique de Corée.

Monsieur le Président,

Au cours des deux dernières années, le Luxembourg s’est engagé, avec ses moyens et avec toute sa détermination, au service du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Nous achevons notre mandat avec le sentiment du devoir accompli, mais aussi avec un sentiment d’humilité, plus conscients que jamais des limites de l’action du Conseil et du fait que nous assumons cette responsabilité de deux ans au nom de tous les Etats membres de l’Assemblée générale des Nations Unies. Nous approchons la fin de notre mandat aussi avec un sentiment de profonde gratitude à l’égard des collègues, membres permanents et non permanents, avec lesquels nous avons étroitement coopéré au cours de cette période très intense.

Nous allons désormais continuer de nous engager en-dehors du Conseil de sécurité. Nous espérons que les bonnes pratiques établies en matière de transparence des travaux du Conseil, notamment ces séances de synthèse mensuelles, seront poursuivies à l’avenir et que nous pourrons bénéficier à notre tour de la transparence qui a caractérisé notre action à l’égard de l’ensemble du membership au cours des deux dernières années.

Monsieur le Président,

Pour conclure, il ne me reste plus qu’à souhaiter aux nouveaux membres élus - l’Angola, l’Espagne, la Malaisie, la Nouvelle-Zélande et le Venezuela - succès et satisfaction dans l’exécution de leur mandat. Enfin, nos meilleurs vœux accompagnent l’Ambassadeur Barros et toute l’équipe du Chili au cours de leur Présidence du Conseil de sécurité au mois de janvier 2015.

Je vous remercie."

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