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Séance publique du Conseil de sécurité dédiée au Moyen-Orient (Syrie)

Publié le lundi 14 juillet 2014

Explication de vote de S.E. Mme Sylvie Lucas, Représentant permanent du Luxembourg :

"Monsieur le Président,

L’adoption unanime de la résolution 2165 par le Conseil de sécurité, aujourd’hui, apporte une lueur d’espoir dans le sombre tableau du conflit qui ravage la Syrie.

Ce conflit génère des souffrances indicibles. On déplorait 100.000 morts il y a un an. Depuis lors, ce chiffre a probablement doublé. On compte désormais près de 3 millions de réfugiés qui ont fui la Syrie, et leur nombre croît chaque jour. Selon OCHA, 10,8 millions de personnes en Syrie, dont la moitié des enfants, ont besoin d’une assistance humanitaire urgente. 6,4 millions de personnes sont déplacées internes en Syrie. Plus de 4,5 millions de personnes survivent dans des zones d’accès difficile voire impossible pour les acteurs humanitaires. Parmi les crimes commis au quotidien, en particulier par les forces syriennes, je citerai les bombardements d’hôpitaux et d’écoles, les attaques délibérées contre le personnel de santé, les attaques visant les convois humanitaires, les attaques indiscriminées aux barils d’explosifs, la famine utilisée en tant qu’arme de guerre, pour mettre à genoux les populations assiégées.

Pour protéger les civils pris au piège de cette guerre, le Conseil de sécurité s’est efforcé d’appeler les parties au conflit à respecter le droit international humanitaire. C’était là tout le sens de la déclaration présidentielle que le Conseil a adoptée le 2 octobre 2013. C’était là tout le sens de la résolution 2139 que le Conseil a adoptée il y a quatre mois afin d’améliorer l’accès humanitaire aux populations affectées. C’était là aussi le sens du projet de résolution, bloqué il y a deux mois par un double veto, qui avait pour objet de déférer la situation en Syrie à la Cour pénale internationale.

Depuis l’adoption de la résolution 2139, la situation humanitaire en Syrie n’a fait que se détériorer. Dans son dernier rapport sur l’application de la résolution, le Secrétaire général a dû constater que le principal obstacle à l’accès humanitaire est la décision délibérée prise par les autorités syriennes d’interdire systématiquement la livraison de fournitures de secours vitales. Mois après mois, les autorités syriennes ont confisqué les médicaments et les équipements chirurgicaux destinés aux populations les plus vulnérables vivant dans les zones contrôlées par l’opposition au régime d’Assad. Mois après mois, les autorités syriennes ont continué de refuser le passage des convois humanitaires aux postes frontière identifiés comme prioritaires par l’ONU. Résultat : mois après mois, la population syrienne privée d’aide humanitaire n’a fait que croître.

Devant ce constat, devant le non-respect flagrant de la résolution 2139, les coauteurs de celle-ci, l’Australie, la Jordanie et le Luxembourg, se sont vus contraints de chercher d’autres moyens, d’autres voies pour permettre que l’aide humanitaire bénéficie à davantage de Syriens, indépendamment du fait qu’ils vivent dans des zones contrôlées par les autorités syriennes ou par l’opposition; pour libérer l’action humanitaire de son instrumentalisation par les autorités syriennes à des fins politiques et militaires. C’est là l’objectif premier de cette nouvelle résolution.

Les dispositions de la résolution 2165 sont claires et juridiquement contraignantes. Elles partent du constat que la détérioration continue de la situation humanitaire en Syrie constitue une menace pour la paix et la sécurité dans la région. En adoptant la résolution 2165, le Conseil de sécurité a pris des décisions qui ne laissent la place à aucune ambiguïté, aucune incertitude : les organismes humanitaires des Nations Unies et leurs partenaires sont autorisés à acheminer l’aide en Syrie à partir des pays voisins, à travers quatre postes frontière supplémentaires : deux à la frontière turque, un à la frontière irakienne, et un à la frontière jordanienne. L’utilisation de ces postes frontière supplémentaires devrait permettre d’aider entre 1,4 et 2 millions de personnes qui étaient jusqu’à présent hors d’atteinte pour les acteurs humanitaires.

Le consentement des autorités syriennes ne sera plus nécessaire. Le mécanisme de surveillance placé sous l’autorité du Secrétaire général, qui sera mis en place pour une durée initiale de 6 mois, prévoit un simple système de notifications.

La résolution 2165 précise aussi que l’ONU et ses partenaires sont autorisés à utiliser des routes franchissant les lignes de conflit afin d’acheminer l’aide par les routes les plus directes aux populations qui en ont besoin. L’ONU et ses partenaires peuvent distribuer les fournitures médicales et chirurgicales sans que Damas ne puisse interférer. L’acheminement de l’aide humanitaire doit se faire immédiatement et sans entrave, partout en Syrie, sur base des évaluations des besoins effectuées par les Nations Unies, et non celles dictées par Damas.

La résolution 2165 se veut un texte opérationnel et concret, un texte innovateur. Nous espérons donc sincèrement qu’elle permettra une véritable percée sur le terrain. Si cependant la résolution 2165 n’était pas respectée, et si la résolution 2139 continuait de ne pas être respectée, le Conseil de sécurité affirme clairement qu’il prendra des mesures supplémentaires.

Monsieur le Président,

Par le vote d’aujourd’hui, le Conseil de sécurité a su faire prévaloir l’humanité commune, le souci commun de l’intérêt et des besoins vitaux des populations civiles en Syrie. Nous sommes fiers d’avoir pu contribuer activement à ce résultat, aux côtés de nos collègues australiens et jordaniens.

La catastrophe humanitaire syrienne se poursuivra cependant, et elle continuera d’avoir un grave impact sur les pays voisins, tant qu’une solution politique au conflit syrien n’aura pas été trouvée. Je conclurai donc en exprimant notre espoir que l’unanimité retrouvée du Conseil de sécurité et la nomination le 10 juillet dernier de Monsieur Staffan de Mistura en tant qu’Envoyé spécial du Secrétaire général pour la Syrie pourront donner un nouvel élan à la recherche de cette solution politique.

Je vous remercie."

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