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Débat du Conseil de sécurité sur la situation en Afghanistan
Intervention de S.E. Mme Sylvie Lucas, Représentant permanent du Luxembourg :
Monsieur le Président,
Je remercie le Représentant spécial du Secrétaire général, Ján Kubiš, pour son exposé et son action à la tête de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan. Je remercie aussi le Directeur exécutif de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, Yuri Fedotov, et le Représentant permanent de l’Afghanistan, l’Ambassadeur Zahir Tanin, pour leurs interventions.
Je m’associe à la déclaration qui sera faite au cours de ce débat par l’Union européenne.
Lorsque des hommes et des femmes agissent avec courage, il se trouve toujours d’autres hommes et d’autres femmes pour marcher dans leurs pas. Les 5 avril et 14 juin derniers, bravant des risques considérables, des Afghans et des Afghanes ont pris le chemin des urnes et il s’en est trouvé des millions d’autres pour leur emboîter le pas. En dépit des intimidations, des menaces, des violences aussi, le peuple afghan a montré sa détermination à prendre en main son avenir et son destin. Il l’a fait en choisissant la voie de la paix et de la démocratie. Ce courage et cette détermination forcent l’admiration. Ils méritent d’être salués. Tout comme mérite d’être saluée l’action des forces de sécurité afghanes qui ont su garantir la sécurité du scrutin malgré les tentatives d’en perturber le déroulement par la violence.
Aujourd’hui, il est crucial que le courage des électeurs et des électrices afghans soit récompensé et que les espoirs placés par la population dans ces élections ne soient pas déçus. Nous en appelons donc au sens des responsabilités de chacun. Aux candidats, pour qu’ils coopèrent avec les institutions chargées du processus électoral et en respectent l’autorité. A ces institutions, pour qu’elles s’acquittent de leur tâche de manière transparente et efficace. Si des différends surgissent, ils devront être traités à l’intérieur du cadre légal prévu à cet effet, et non par médias interposés, par des intimidations ou par la violence.
Lorsque le processus électoral aura été mené à son terme et que les résultats définitifs auront été proclamés le 22 juillet, il y aura un vainqueur et un perdant. Mais c’est l’Afghanistan tout entier qui sortira gagnant si le candidat défait choisit de reconnaître dignement sa défaite, en ajoutant à la légitimité du Président élu. Et ce sera la totalité du peuple afghan qui sera victorieux si le candidat élu choisit de former un gouvernement inclusif et représentatif de la diversité afghane. Alors seulement ces élections auront contribué à créer les conditions pour progresser sur la voie d’un Afghanistan stable, démocratique et pacifié.
Conduire à bon terme le processus électoral est essentiel. Mais d’autres chantiers doivent également avancer pour consolider les progrès réalisés par l’Afghanistan au cours de la décennie écoulée, à commencer par le chantier des droits de l’homme et du droit des femmes. Nous espérons que le futur chef de l’Etat réservera dans son gouvernement une place significative aux femmes et qu’il aura à cœur de promouvoir leur participation active dans le processus de paix et de réconciliation. Nous formons également le vœu que le nouvel exécutif veillera à la pleine mise en œuvre de la loi contre la violence faite aux femmes. La participation des femmes aux élections législatives de 2015 constituera un bon étalon pour juger de l’évolution de leur place dans la vie publique.
S’agissant des enfants en temps de conflit armé, nous nous réjouissons que le Gouvernement afghan ait présenté aux Nations Unies son troisième rapport sur la mise en œuvre du plan d’action contre le recrutement et l’utilisation d’enfants dans les forces nationales de sécurité. Nous ne doutons pas que le Gouvernement adoptera sans tarder la feuille de route élaborée de concert avec l’ONU en vue d’accélérer la mise en œuvre du plan d’action. Nous sommes reconnaissants au Secrétaire général d’avoir inclus dans son rapport des informations rendant compte de l’ensemble des violations et sévices commis à l’égard des enfants en Afghanistan ainsi que de la mise en œuvre du plan d’action. Nous remercions la MANUA pour la réalisation d’une brochure très bien conçue sur la protection des enfants afghans dans le conflit armé. Nous encourageons la diffusion la plus large possible de cette publication.
La hausse constante du nombre de victimes civiles au conflit est un motif de grave préoccupation. Nous condamnons dans les termes les plus fermes les attaques indifférenciées contre les populations civiles. Elles montrent que parmi les défis principaux à relever il y a celui de la sécurité au sens large et de la protection des civils en particulier.
S’agissant de la sécurité, nombreux sont les membres de la communauté internationale, comme le Luxembourg, qui ont exprimé leur volonté de rester engagés aux côtés du peuple afghan et des forces de sécurité afghanes après 2014. En retour, il est fondamental que toute incertitude soit levée quant au cadre légal des futures missions internationales d’appui aux forces de sécurité afghanes. Ce faisant, l’Afghanistan lancera un signal fort à ses partenaires quant à la constance de son engagement. Nous saluons les déclarations à cet égard, ce matin, du Représentant permanent de l'Afghanistan.
La recrudescence du trafic de drogue et de la culture des opiacés en Afghanistan est un autre motif de profonde préoccupation. Ce problème grave et complexe doit être pris à bras-le-corps, non seulement pour des motifs évidents de santé publique, mais également parce qu’il existe souvent des liens entre les forces de l’insurrection et les activités liées à la drogue. Relever ce défi requerra l’engagement de tous, en Afghanistan d’abord, mais également au niveau régional, et de la part de la communauté internationale. Pour sa part, le Luxembourg accueillera positivement toute initiative visant à favoriser les synergies entre l’ONUDC et la MANUA.
C’est le lieu ici de rappeler que le problème de la drogue ne peut être dissocié du cadre, plus général, du développement de l’économie afghane. En effet, si la culture de l’opium gagne du terrain, c’est aussi par manque d’alternatives économiques. Une des priorités du nouveau gouvernement sera sans doute de prendre des mesures en vue d’activer la croissance et de générer des emplois. C’est ici aussi que les engagements mutuels pris à la conférence de Tokyo prennent tout leur sens. Le maintien de l’appui financier international doit aller de pair avec un engagement du Gouvernement afghan en faveur des réformes économiques, de l’état de droit, d’une gouvernance favorable au développement et de la lutte contre la corruption.
Pour conclure, je voudrais dire toute notre reconnaissance au personnel de la MANUA pour le travail remarquable qu’il effectue dans un environnement dangereux et difficile. Dans cette période cruciale, il est important que la MANUA dispose des moyens de maintenir une présence dans les provinces, au plus près de la population afghane.
Je vous remercie."














