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Débat public du Conseil de sécurité Opérations de maintien de la paix des Nations Unies : nouvelles tendances
Intervention de S.E. Mme Sylvie Lucas, Représentant permanent du Luxembourg :
"Monsieur le Président,
Le Luxembourg remercie la Fédération de Russie d’avoir pris l’initiative d’organiser sous sa Présidence ce débat public sur les opérations de maintien de la paix, un thème important qui engage directement la responsabilité du Conseil de sécurité. Je remercie le Secrétaire général pour son exposé et pour l’engagement personnel qu’il a pris, dans le cadre des priorités de son mandat, à construire un partenariat renforcé pour le maintien de la paix et à rendre l’ONU mieux à même d’assurer la protection des civils.
Je m’associe pleinement à l’intervention qui sera faite par l’Union européenne.
Monsieur le Président,
Depuis le déploiement d’observateurs militaires pour surveiller la trêve au Moyen-Orient en 1948, les opérations de maintien de la paix sont au cœur de l’action des Nations Unies. Elles ont constamment évolué en complexité et en diversité. Très souvent, elles œuvrent dans des environnements difficiles, où leur rôle ne se résume plus à surveiller un cessez-le-feu ou une ligne de démarcation.
Le Conseil de sécurité a reconnu cette évolution en adoptant la résolution 2086. Le Conseil a défini de même des mandats plus robustes pour renforcer la protection des civils. Ainsi, le Conseil a décidé, en adoptant la résolution 2098, de doter la MONUSCO d’une brigade d’intervention en vue d’empêcher l’expansion de tous les groupes armés dans l’est de la RDC, de neutraliser ces groupes et de les désarmer, en menant, je cite, « des offensives ciblées et robustes ». Ce mandat renforcé a déjà porté ses fruits contre le M23 et d’autres groupes armés. Il doit continuer d’être mis en œuvre.
Dans le cas de la MONUSCO, la mise en œuvre du mandat renforcé a aussi permis de renforcer la protection des civils et de remédier ainsi aux lacunes en la matière mises en évidence par le récent rapport du Bureau des services de contrôle interne. Le mandat est en effet une chose. Encore faut-il que les responsables des opérations de maintien de la paix aient la volonté et disposent des capacités requises pour mettre en œuvre leur mandat. Dans ce contexte, je voudrais souligner l’apport des nouvelles technologies, qui contribuent à améliorer la connaissance de la situation et donc aussi à renforcer la sûreté et la sécurité des Casques bleus déployés sur des terrains difficiles. Une première application est en train de faire ses preuves en République démocratique du Congo depuis décembre dernier, avec le déploiement dans le cadre de la MONUSCO de systèmes aériens sans pilote. Ces drones permettent de suivre de près les mouvements des groupes armés et de renforcer ainsi les renseignements disponibles pour les opérations militaires. Ils permettent également une meilleure surveillance des camps de personnes déplacées. Les informations obtenues accroissent l’efficacité de la Mission au bénéfice de la sécurité des civils dans l’est de la RDC. Cette expérience positive devrait nous encourager à doter d’autres opérations de l’ONU de systèmes similaires, en fonction des besoins.
Un mot sur la coopération entre Missions. Le transfert temporaire de personnels et d’équipements d’une opération à une autre pour faire face à une détérioration brusque de la situation est parfois nécessaire à court terme. Mais le cas récent du Soudan du Sud a montré les limites de l’exercice. Faute de pouvoir augmenter de façon significative les moyens de la MINUSS, le Conseil de sécurité a été bien avisé, en adoptant la résolution 2155, de recadrer le mandat de la Mission en faisant de la protection des civils la priorité de ses priorités, et en autorisant la MINUSS à user de tous les moyens nécessaires pour assurer cette protection des civils.
Les opérations de maintien de la paix ont un rôle crucial à jouer en matière de protection des populations les plus vulnérables, en particulier les femmes et les enfants. Le déploiement au sein des opérations de capacités spécifiques dédiées à ces tâches, et notamment de conseillers à la protection de l’enfance et de conseillers à la protection des femmes est ainsi indispensable. Il ne faut pas non plus oublier que dans le cadre des opérations de maintien de la paix, les Casques bleus sont souvent les premiers à devoir faire face à des situations de violations et de violences à l’égard des femmes et des enfants. De leur capacité à gérer correctement cette situation dépend en grande partie le sort de ces femmes et enfants. Les soldats de la paix doivent ainsi disposer, avant et pendant leur déploiement, d’une formation spécifique pour être à même de faire face à ces situations et de prendre les décisions qui s’imposent. Nous saluons le fait que dans sa résolution 2143, le Conseil de sécurité a recommandé aux Nations Unies et aux pays fournisseurs de troupes et de police de dispenser des formations ciblées et opérationnelles, afin de préparer leurs personnels à contribuer à la prévention des violations commises contre les enfants.
Monsieur le Président,
Je conclurai en exprimant la reconnaissance profonde du Luxembourg pour l’engagement des soldats de la paix, ainsi que du personnel policier et civil, qui réalisent un travail indispensable, dans des conditions souvent difficiles, pour mettre en œuvre les mandats exigeants que le Conseil de sécurité leur confie. Nous saluons la mémoire des plus de 3.200 hommes et femmes qui ont donné leur vie depuis 1948 dans l’exercice de leur fonction, au service des Nations Unies, dans le but de maintenir la paix et la sécurité internationales. Le meilleur hommage que nous puissions leur rendre, c’est de tirer les leçons du passé et de parfaire l’outil des opérations de maintien de la paix, dans l’intérêt des civils qu’ils ont mandat de protéger. Et c’est d’œuvrer inlassablement pour créer les conditions politiques nécessaires au succès de nos Casques bleus.
Je vous remercie."














