Last update
Débat public du Conseil de sécurité des Nations Unies: Violences sexuelles liées aux conflits
La responsabilité comme stratégie de prévention – mettre fin aux cycles de violences sexuelles commises en période de conflit
New York, le 13 avril 2022
Intervention de S.E. M. Olivier Maes
Ambassadeur, Représentant permanent du Luxembourg
Monsieur le Président,
Le Luxembourg est reconnaissant à la Présidence du Royaume-Uni du Conseil de sécurité d’avoir organisé ce débat public sur la prévention des violences sexuelles. Je remercie Madame Pramila Patten, Madame Nadia Murad et les représentantes de la société civile de Syrie et d’Ethiopie pour leurs témoignages et leurs recommandations.
Le Luxembourg souscrit pleinement à la déclaration qui sera faite par l’Union européenne et à celles faites au nom du Groupe des amis des femmes et de la paix et de la sécurité et du LGBTI UN Core Group. Permettez-moi de les compléter par des considérations à titre national.
Monsieur le Président,
Malgré les résolutions adoptées par le Conseil de sécurité depuis 2008 pour exiger de toutes les parties à des conflits armés qu’elles mettent fin à tous actes de violence sexuelle contre des civils, les violences sexuelles continuent d’être utilisées comme arme de guerre, en Ukraine, au Myanmar, en Syrie, au Nord de l’Éthiopie, au Soudan du Sud et dans d’autres conflits, et ce dans un climat d’impunité presque totale.
Le viol et d’autres formes de violence sexuelle sont des crimes de guerre et peuvent constituer un crime contre l’humanité ou un élément constitutif du crime de génocide.
Nous sommes profondément choqués par le nombre croissant de témoignages et de rapports concernant des viols et des violences sexuelles et sexistes perpétrés par les forces armées russes en Ukraine et visant en particulier les femmes et les enfants. Nous condamnons dans les termes les plus fermes ces actes ignobles. Les auteurs de ces crimes doivent être tenus responsables.
Dans le cadre de sa politique étrangère féministe, le Luxembourg défend et promeut les droits des femmes et des filles dans toute leur diversité, y compris les droits des survivantes de violences sexuelles liées aux conflits. Nous soutenons ainsi les actions de sensibilisation de l’initiative « Stand Speak Rise Up! » et avons établi des partenariats avec le FNUAP, ONU Femmes et Justice Rapid Response. Nous continuons de soutenir le mandat de la Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit, et nous avons contribué au fonds d’affectation spéciale qui appuie son travail.
Au Sud-Kivu, en République démocratique du Congo, mon pays soutient les efforts pour renforcer le modèle de prise en charge des victimes de violences sexuelles créé par le Dr Mukwege, en partenariat avec des organisations de la société civile.
En Iraq, le Luxembourg appuie l’organisation non gouvernementale Yazda, qui vient en aide à la communauté yézidie, avant tout aux femmes et aux filles yézidies qui ont survécu aux violences sexuelles commises par Daech.
Afin de mettre fin aux cycles de violences sexuelles, le Luxembourg souhaite faire six recommandations :
1. Nous devons prévenir tout abus et violation des droits humains en mettant pleinement en œuvre les cadres juridiques existants, et en nous attaquant aux causes profondes des violences sexuelles liées aux conflits en nous engageant pour l’égalité des genres.
2. Nous devons appuyer le travail de documentation des crimes commis par le biais de mécanismes d’enquête.
3. Nous devons œuvrer ensemble pour mettre fin à l’impunité des auteurs de crimes et ainsi rendre justice aux survivantes et aux survivants. Dans ce contexte, nous soulignons le rôle clé de la Cour pénale internationale, qui est complémentaire aux juridictions nationales.
4. Un accès sans entrave à la justice et aux services de santé et aux soins psychosociaux doit être assuré aux victimes, sans qu’elles aient à craindre des représailles.
5. Nous encourageons les États membres qui ne l’ont pas encore fait à souscrire à la déclaration sur la sécurité dans les écoles et à l’appliquer afin de protéger les enfants et les jeunes et le personnel enseignant contre les violences sexuelles en période de conflit à l’école ou sur le chemin de l’école.
6. Enfin, le Luxembourg encourage le Conseil de sécurité à poursuivre ses efforts pour incorporer la violence sexuelle comme critère de désignation dans les régimes de sanctions de l’ONU.
Je vous remercie.