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Renforcement du système des Nations Unies : Point 124 : Rapport spécial du Conseil de sécurité (A/76/905)
Débat de l’Assemblée générale des Nations Unies conformément à la résolution 76/262
suivant la réunion du Conseil de sécurité du 8 juillet 2022
au titre du point intitulé « La situation au Moyen-Orient »
New York, le 21 juillet 2022
Intervention de S.E. M. Olivier Maes
Ambassadeur, Représentant permanent du Luxembourg
au nom des pays du Benelux (Belgique – Pays-Bas – Luxembourg)
Monsieur le Président,
J’ai l’honneur de prononcer cette déclaration au nom des pays du Benelux : la Belgique, les Pays-Bas et mon propre pays, le Luxembourg.
Nous souscrivons à la déclaration de l’Union européenne.
Monsieur le Président,
Les pays du Benelux se félicitent de la convocation en temps utile de cette réunion conformément à la résolution 76/262 de l’Assemblée générale du 26 avril 2022, qui a établi un mandat permanent permettant à l’Assemblée générale de tenir un débat en cas de recours au droit de veto au Conseil de sécurité. C’est la deuxième fois déjà que ce mandat a dû être activé, moins de trois mois après son adoption.
Nous regrettons profondément le résultat du vote du 8 juillet 2022 au Conseil de sécurité et l’utilisation par la Fédération de Russie de son veto contre la résolution visant à reconduire pour une période de douze mois le mécanisme des Nations Unies pour l’aide humanitaire transfrontière à la Syrie. Nous remercions les corédactrices, l’Irlande et la Norvège, pour tous leurs efforts qui n’ont été guidés que par les besoins humanitaires du peuple syrien et l’impératif de maintenir le mécanisme transfrontière à Bab el-Haoua comme une bouée de sauvetage essentielle pour des millions de personnes dans le nord-ouest de la Syrie.
Le Secrétaire général et l’ensemble de la communauté humanitaire, ainsi que la grande majorité des membres du Conseil de sécurité, ont spécifiquement appelé à renouveler les dispositions de la résolution 2585 pour une période de douze mois. La Russie, et elle seule, a choisi d’ignorer cet appel, compromettant ainsi la capacité de fournir une aide humanitaire de façon efficace à plus de 4 millions de personnes dans le besoin.
Ce n’est malheureusement pas la première fois que le veto a été utilisé concernant l’aide humanitaire au peuple syrien. Lorsqu’il a été créé le 14 juillet 2014 par le Conseil de sécurité avec l’adoption à l’unanimité de la résolution 2165, le mécanisme transfrontière de l’ONU s’étendait à quatre postes frontière afin de faire en sorte que l’aide humanitaire parvienne par les voies les plus directes aux personnes qui en ont besoin dans toute la Syrie. Cependant, au cours des dernières années, en raison de l’utilisation répétée du veto, la portée du mécanisme transfrontière a été progressivement réduite. Il a d’abord été limité à deux postes frontière en janvier 2020, après le veto mis par la Fédération de Russie et la Chine le 20 décembre 2019. Il a ensuite été limité à un seul poste frontière en juillet 2020, après le veto mis par la Fédération de Russie et la Chine les 7 et 10 juillet 2020.
Nous saluons le compromis trouvé le 12 juillet 2022 sous la forme de la résolution 2642 du Conseil de sécurité, mais nous nous inquiétons de l’impact opérationnel d’un renouvellement limité à six mois. Les acteurs humanitaires risquent d’être pris dans un cycle perpétuel de planification d’urgence, sapant l’efficacité et la confiance dans leurs opérations. En outre, l’accès à travers la frontière continue d’être menacé par une épée de Damoclès diplomatique, ce qui fait peser un fardeau psychologique supplémentaire sur les personnes dans le besoin. L’utilisation du veto par la Russie le 8 juillet a bloqué la voie vers un accès humanitaire transfrontière continu et prévisible au nord-ouest de la Syrie.
Monsieur le Président,
Soyons clairs : notre débat d’aujourd’hui porte sur la nécessité d’assurer l’accès humanitaire pour l’aide vitale à des personnes qui en ont désespérément besoin. Il ne porte pas sur le principe de souveraineté, qui ne saurait être utilisé pour justifier le refus arbitraire du consentement à l’accès humanitaire. Nous tenons à rappeler que les opérations d’aide à travers les lignes de front bénéficient d’un large soutien international. Cependant, la réalité est que ces opérations à travers les lignes de front ne suffisent pas pour fournir l’aide vitale au nord-ouest de la Syrie à l’échelle requise.
Nous reconnaissons la nécessité de soutenir la résilience, l’autonomie et le relèvement rapide dans le cadre des interventions humanitaires. Toutefois, sans une solution politique conforme à la résolution 2254 du Conseil de sécurité, le conflit en Syrie ne prendra tout simplement pas fin. Permettez-moi de réitérer la position de l’Union européenne selon laquelle, tant qu’une telle solution ne sera pas fermement engagée, l’Union européenne ne financera aucun effort de reconstruction, ne lèvera pas les sanctions et ne normalisera pas les relations.
Nous exhortons tous les membres du Conseil de sécurité et l’ensemble des membres des Nations Unies à respecter les principes humanitaires et le droit international humanitaire. Nous demandons instamment à tous les membres du Conseil de donner suite à l’intention exprimée dans la résolution 2642 de proroger le mécanisme transfrontière de six mois supplémentaires et d’assurer un accès transfrontière plus complet et durable, afin que l’aide puisse continuer d’être acheminée à travers la frontière sans interruption pendant l’hiver, au moment où la population en a le plus besoin.
Il est impératif d’assurer l’accès humanitaire à un moment où un nombre sans précédent de personnes ont besoin d’une aide vitale. Des millions de vies et la crédibilité des Nations Unies sont en jeu. Travaillons ensemble pour être à la hauteur de notre responsabilité.
Je vous remercie.